Une chercheuse a expliqué dans un témoignage anonyme avoir été violée lors d’une incursion dans le métavers de Meta. Les faits ont été révélés en mai 2022 dans un rapport (pdf) de l’ONG SumOfUs, dont la mission est de limiter le pouvoir grandissant des entreprises. Membre de l’association, elle s’est rendue dans le monde virtuel Horizon Worlds pour mener des recherches sur les interactions sociales dans le métavers. Elle a été agressée une heure seulement après son arrivée. Ce rapport dévoile notamment que la modération de la plateforme n’est pas efficace, entraînant un nombre important de dérives.

Les agressions sexuelles sont déjà très répandues dans le métavers

L’étude menée par SumOfUs a pour objectif de mettre en avant les dangers potentiels du métavers de Meta. Dans un premier temps, le rapport met en exergue le manque de protection des données personnelles des utilisateurs. Les expériences vécues par les chercheurs et les témoignages d’utilisateurs pointent aussi du doigt un problème d’ampleur : l’existence d’agressions sexuelles, racistes, et homophobes.

Quelques minutes après s’être connectée à Horizon Worlds via un casque de réalité virtuelle, une chercheuse de SumOfUs a été exposée à des comportements ouvertement sexistes. Très vite, ces interactions se transforment en agressions sexuelles selon le témoignage de la chercheuse. Elle est entraînée dans une salle privée où elle déclare avoir été violée par un autre utilisateur. Celui-ci lui demande de se retourner et effectue des gestes évocateurs pendant que d’autres personnes observent la scène.

Pour elle il s’agit d’un viol de son avatar certes virtuel, mais avec des conséquences bien réelles. Elle s’est dit « désorientée » au moment des faits et pour qualifier cette expérience déroutante. La chercheuse précise que lorsqu’un utilisateur vous touche, les manettes utilisées pour interagir dans le monde virtuel vibrent dans les mains. Cela crée une sensation physique perturbante lors d’une agression virtuelle. Meta a créé une fonctionnalité qui empêche les utilisateurs de se rapprocher, mais elle n’était pas activée durant ces faits.

Les témoignages de ce type sont nombreux. Une autre utilisatrice de Horizon Worlds a signalé avoir été « violée virtuellement » par un groupe de trois à quatre avatars à l’apparence masculine. Des cas similaires ont été rapportés dans les applications Population One et Echo VR qui appartiennent à Meta. Selon SumOfUs, ces agressions ne sont pas cantonnées aux applications de Meta. VRChat, Rec Room ou encore AltspaceVR sont aussi concernées.

Un manque de modération qui expose les mineurs à des contenus dangereux

Le rapport explique que la modération de Meta est insuffisante. Cette situation normalise les agressions sexuelles dans le métavers, surtout à l'égard des avatars à l’apparence féminine. Pourtant ce n’est pas le seul danger lié à ce manque d’encadrement. Les théories du complot, les discours de haine et les contenus graphiques choquants sont monnaie courante.

Des chercheurs de SumOfUs ont été confrontés à des insultes homophobes quelques minutes après leur arrivée dans Horizon Worlds. Une journaliste raconte avoir été immédiatement exposée à des commentaires et comportements ouvertement racistes, sexistes et homophobes dans Rec Room et VR Chat. Il y a même une utilisation totalement décomplexée d’armes à feu et de drogue virtuelle, alors que des mineurs peuvent accéder sans difficulté à ces applications.

SumOfUs précise dans son rapport que l’accès à Horizon Worlds est normalement interdit aux mineurs, mais il est possible de se connecter facilement en utilisant le compte Facebook d’un proche ou même en créant un faux compte. Début 2022, l'Information Commissioner's Office, organisme de surveillance britannique, exprimait ses inquiétudes quant aux dangers de la réalité virtuelle pour les enfants. Meta avait alors annoncé vouloir mettre l’accent sur la protection des mineurs avec un investissement de 50 millions de dollars.

Meta a fait du métavers son objectif principal. Pourtant, la société de Mark Zuckerberg n’est pas seulement confrontée à des problèmes d’ordre technique et économique. Le géant de la tech prétend pouvoir révolutionner les usages du numérique en créant des interactions virtuelles crédibles, proches du réel, voire trop proches dans certains cas de figure. Les utilisateurs du métavers reproduisent des comportements néfastes très présents en ligne, comme le harcèlement, pouvant avoir des conséquences réelles sur les victimes.