Facebook fait de nouveau face, depuis le 10 mai, à une plainte d’un de ses anciens modérateurs, cette fois au Kenya. Celle-ci vise également Sama, un sous-traitant de Meta, s’occupant de la modération du réseau social dans les pays d’Afrique de l’Est et du Sud.

Une expérience traumatisante

Daniel Motaung a travaillé pendant 6 mois avec Sama en tant que modérateur de contenus pour Facebook. Il accuse les deux entreprises de mentir quant à l’intitulé de leurs offres d’emploi pour piéger les habitants pauvres des pays comme le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, la Somalie et l’Ouganda.

Il précise dans une enquête du Time n’avoir jamais été informé que son travail consisterait à regarder des vidéos dérangeantes pouvant entraîner des troubles pour sa santé mentale. « La première vidéo que j’ai vue, c’était une décapitation en direct », rapporte l’ancien modérateur lors d’une conférence de presse organisée par Real Facebook Oversight Board, une association anti-Facebook.

Depuis, Daniel Motaung affirme souffrir d’un syndrome post-traumatique. Il ajoute : « Imaginez ce que ça peut faire à une personne normale si ensuite vous regardez d’autres vidéos et images et contenus similaires, tous les jours ».

Une sorte d’« esclavage moderne »

Les avocats de Daniel Motaung soulignent que Meta et Sama « recrutent les modérateurs via des méthodes frauduleuses et trompeuses, relevant de l’abus de pouvoir, exploitant la vulnérabilité des candidats jeunes, pauvres et désespérés ». Selon eux, ces méthodes sont l’équivalent « d’une forme moderne d’esclavage interdite par l’article 30 de la Constitution [du Kenya] ». Ils dénoncent également des conditions de travail difficiles, un accompagnement psychologique insuffisant et une paye dérisoire de 40 000 shillings kényans, soit environ 325 euros par mois. Le salaire mensuel moyen au Kenya étant d’environs 400€.

Un porte-parole de Meta a répondu à l’AFP. « Nous prenons au sérieux notre responsabilité envers les personnes qui examinent les contenus pour Meta et exigeons de nos partenaires qu’ils fournissent des salaires, des avantages sociaux et un soutien parmi les meilleurs de l’industrie. Nous encourageons les modérateurs à parler des problèmes quand ils surviennent et nous menons régulièrement des audits indépendants pour nous assurer que nos partenaires respectent des standards élevés, conformes à nos attentes. »

La modération de contenus est un travail extrêmement difficile exposant le salarié à des vidéos de meurtres, de viols, de tortures, de suicides. Autant de scènes traumatisantes qui affectent sévèrement la santé mentale des modérateurs. C’est un problème récurrent pour les grandes plateformes numériques. Elles sont accusées de ne pas mettre assez de dispositifs en place pour assurer le bien-être de leurs employés. Il y a deux ans, Facebook avait déjà été condamné à payer 52 millions de dollars à ses modérateurs en guise de compensation pour les traumatismes subis. TikTok a également été pointé du doigt pour les mêmes raisons.