SoftBank tente d’introduire ARM en bourse depuis l’échec de l’acquisition par Nvidia. L’entreprise japonaise doit faire le ménage pour espérer valoriser son bijou britannique à 60 milliards de dollars. Pour cela il y a un problème à régler : la révolte de la filiale chinoise d’ARM, tout du moins de son PDG. SoftBank a un plan, qui semble fonctionner, pour le moment…

ARM désarmé face à Allen Wu

L’aventure ubuesque entre ARM et sa filiale traîne depuis deux ans. En 2020 le conseil d’administration de la coentreprise ARM Chine, composé de représentants de SoftBank propriétaire d’ARM, de l’entreprise elle-même et d’investisseur chinois, vote pour le licenciement du PDG, Allan Wu pour conflit d’intérêts. Depuis ce dernier n’a tout simplement pas bougé.

Allen Wu gère les affaires courantes et malgré les tentatives d’ARM, s’accroche à son poste. Il dispose toujours du sceau officiel de la société et des documents nécessaires pour se présenter comme représentant légal de la coentreprise en Chine. Face à cette situation, les autorités locales de Shenzhen ont affiché une certaine passivité, jusqu’à récemment.

D’après les informations de Bloomberg, des pourparlers ont débuté il y a quelques mois et se seraient considérablement accélérés lors des dernières semaines d’avril. Un nouveau sceau pourrait être créé, les documents nécessaires pour une reprise de contrôle d’Arm Chine seraient en train d’être remplis sous l’égide du gouvernement chinois.

Deux noms circulent déjà pour codirection de l’entreprise : Liu Renchen, conseiller du gouvernement chinois et vice-doyen de l’Institut de recherche de l’Université Tsinghua, à Shenzhen et Eric Chen, directeur associé à Vision Fund et négociateur de SoftBank dans les négociations avec les autorités.

Pourquoi une telle progression après des années de sur place ? L’arrivée d’un nouveau secrétaire du parti communiste de Shenzhen, Meng Fanli, aurait joué un rôle. C’est surtout une décision audacieuse de SoftBank et d’ARM qui ont convaincu le gouvernement chinois qu’il pourrait perdre beaucoup si la situation continuait de stagner.

La course à l’autosuffisance chinoise dans les semi-conducteurs en allié

SoftBank a décidé de reprendre directement 28% de la coentreprise, en récupérant des parts d’ARM. La participation de cette dernière tomberait sous la barre des 20% voire des 10% selon les sources. De quoi transformer la filiale Arm Chine en simple société affiliée non contrôlée. En résumé, entériner la réalité de la gestion de la filiale depuis la révolte d’Allen Wu.

Ce petit jeu administratif ne ferait pas du tout les affaires de la Chine. ARM est le plus gros concepteur de puces du monde, ses licences sont demandées par toutes les grandes entreprises du monde. Avec son changement de statut, Arm Chine n’aurait plus accès gratuitement aux licences d’ARM pour les vendre, la filiale deviendrait un client lambda.

Si Arm Chine développe ses propres plans de puces, le pays, dans sa course à l’autosuffisance aux semi-conducteurs, ne peut se passer des licences ARM classiques. Un argument de poids pour enfin recevoir le soutien, tout du moins la participation des autorités pour régler le litige avec Allen Wu.

Les discussions se déroulent bien selon les témoignages recueillis par le Financial Times, mais la méfiance est de mise. Cela fait deux ans que des échanges prometteurs finissent par capoter. Une source du journal britannique a déclaré à propos d’un éventuel accord, « Nous devons encore voir si Allen sera en mesure de le faire dérailler ».

Pour SoftBank et ARM, il est indispensable de trouver au plus vite un terrain d’entente. La Chine représente l’un des plus importants marchés du concepteur de puces. Si l’incertitude continue d’y régner lors de l’introduction en Bourse, la société sera bien moins valorisée.