Dans un mail envoyé par Apple à plusieurs développeurs, la marque à la pomme leur impose un ultimatum. Courant avril, des créateurs d’applications ont reçu ce même message au ton froid : « Si aucune mise à jour n’est soumise d’ici 30 jours, l’application sera retirée de la vente. » Les développeurs indépendants, qui disposent de moyens limités, s’insurgent de cette nouvelle injuste, imprécise et qui arrive trop tard selon eux.

Une communication trop évasive de la part d'Apple

Titré « App Improvement Notice », le message envoyé par Apple demande la suppression d’applications qui n’ont pas été mises à jour depuis une « période de temps significative », sans donner de durée précise. Les applications qui ne seront pas mises à jour, mais qui ont déjà été téléchargées, resteront disponibles pour les utilisateurs qui les possèdent. Autrement elles disparaîtront purement et simplement de l’App Store. Apple ne donne pas plus de détail dans son mail, ce qui suscite l’incompréhension de beaucoup de développeurs.

The Verge a creusé la question et rapporte que la société de Tim Cook avait déjà communiqué en 2016 sur la suppression des applications abandonnées. Sur une page du site officiel d'Apple la marque diffuse ce message concernant la politique de l’App Store : « Nous mettons en place un processus constant qui consiste à évaluer les apps et à supprimer celles qui ne fonctionnent plus comme prévu, qui ne respectent pas les critères actuels d’évaluation, ou qui sont obsolètes. »

L’ambiguïté très forte véhiculée par Apple dans ce message concerne l’emploi du terme « obsolètes », dont la signification exacte pour les applications n’est jamais spécifiée. Impossible de savoir quand cette page a été mise à jour et donc de déterminer quand la politique d’Apple sur la suppression des applications a évolué.

L’entreprise californienne applique-t-elle ce système depuis plusieurs années, ou est-ce que les nombreux témoignages de développeurs sont la preuve d’une mise en pratique très récente de cette nouvelle politique ? En 2021, la société avait déjà fait supprimer 224 000 applications, majoritairement à destination des enfants, pour des raisons de confidentialité.

Une situation complexe pour les développeurs indépendants

Robert Kabwe, fondateur de l’entreprise indépendante Protopop Games, à l’origine de plusieurs jeux sur l’App Store, risque de voir l’un d’eux, Motivoto, disparaître. Le développeur explique à travers un long fil Twitter pourquoi la politique d’Apple est contreproductive, voire inapplicable, pour les créateurs indépendants qui disposent de peu de moyens.

Selon lui, « Les mises à jour prennent du temps et demandent des efforts. Retirer des jeux qui fonctionnent devrait se faire pour de bonnes raisons, qui doivent être communiquées clairement, spécifiquement et le plus tôt possible. » Une critique de la communication très évasive de Apple. Il ajoute que « la plupart des développeurs veulent mettre leurs jeux à jour et je n’ai jamais rencontré de développeur fainéant. Au contraire, beaucoup sont motivés par la passion qui les pousse à travailler bien au-delà d’un nombre d’heures raisonnable. »

Il précise aussi que la date de demande de retrait varie d’une application à l’autre, et cela de façon totalement aléatoire. Son jeu Motivoto n’a pas été mis à jour depuis trois ans alors qu’un autre développeur, Kosta Eleftheriou, a découvert qu’un autre jeu, Pocket God, est toujours présent sur l’App Store alors que la dernière version est vieille de sept ans.

Le droit pour un jeu vidéo d'être une œuvre achevée

Robert Kabwe rappelle que le développement d’un jeu est un vrai casse-tête, « les jeux sont conçus à l’aide de plusieurs logiciels qui dépendent tous les uns des autres. Par exemple, la version actuelle de l’App Store requiert le logiciel Xcode 13, qui a besoin de macOS Big Sur pour fonctionner et qui à son tour nécessite la dernière version de Unity. » Devoir mettre à jour son jeu régulièrement est extrêmement complexe puisque les logiciels qui permettent de les créer évoluent très vite, même après un an.

De son côté, la développeuse Emilia Lazer-Walker, rapporte aussi sur Twitter avoir reçu le fameux message d’Apple. Selon elle, cette démarche est intolérable car « les jeux vidéo ont le droit d’exister comme des objets complets ! Ces jeux gratuits ne conviennent pas à un modèle qui impose des mises à jour et un suivi régulier. Il s’agit d'œuvres d’art qui sont finies depuis plusieurs années. »

Elle conçoit la production et la distribution de ces jeux d’une manière qui ne correspond plus à la politique d'Apple. « La plupart des jeux que j’ai sortis ne sont actuellement plus jouables parce que j’ai tendance à les publier sur des plateformes expérimentales. J’ai l’habitude que la raison de la disparition de mes jeux vienne de la fermeture de la plateforme de distribution, et non pas qu’une entreprise estime que les vieilles choses sont désuètes. » Pour l’instant, Apple n’a pas répondu officiellement à la grogne et aux inquiétudes des développeurs.