C'était imminent, c'est maintenant officiel : le Conseil d’administration de Twitter a accepté à l’unanimité l’offre d’Elon Musk. L’homme le plus riche du monde détient désormais l’un des réseaux sociaux les plus populaires, qui compte environ 217 millions d’utilisateurs dans le monde.

Tout a basculé en moins d’un mois

Le milliardaire a commencé à faire couler de l’encre en ce début d’année en amassant des actions du réseau social, jusqu’à en devenir le principal actionnaire au début du mois d’avril. En réponse, le PDG de Twitter, Parag Agrawal, a invité Musk à rejoindre le Conseil d’administration de la plateforme, offre que ce dernier a refusée, juste avant de témoigner son ambition de complètement la racheter et de la rendre privée. Pour rappel, Twitter est une entreprise publique depuis 2013.

Si au départ, de nombreuses personnes ont considéré les dires de Musk comme une simple fantaisie, le PDG de SpaceX et de Tesla a rapidement fait tout son possible pour financer son offre grâce à des investissements personnels, de Morgan Stanley et d’autres institutions financières. Les actionnaires de l’entreprise ont tenté de l’en dissuader mais ce lundi 25 avril, Elon Musk est parvenu à un accord avec le Conseil d’administration du réseau social, qu’il a finalement racheté pour 44 milliards de dollars.

L’envie de Musk de faire l’acquisition de Twitter ne date pas d’hier ; en 2017 déjà, il déclarait dans une série de tweet « aimer Twitter » et demandait le prix pour son rachat.

Twitter va changer

Normalement, le rachat sera complété à la fin de l’année, et Musk ne devrait pas avoir trop de problèmes avec les autorités puisque ses autres entreprises évoluent dans des domaines totalement différents. S’il met en place sa vision de la plateforme, alors cette dernière devrait changer en profondeur.

« La liberté d'expression est le fondement d'une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l'avenir de l'humanité. Je veux aussi rendre Twitter meilleur que jamais en améliorant le produit avec de nouvelles fonctionnalités, en rendant les algorithmes open source pour augmenter la confiance, en battant les robots spammeurs et en authentifiant tous les humains. Twitter a un potentiel énorme. Je suis impatient de travailler avec l'entreprise et les utilisateurs pour le libérer », a affirmé Musk dans un communiqué publié, justement, sur Twitter.

Depuis 2020 et l’arrivée de la pandémie de Covid-19, Twitter a mis de nombreux outils en place afin de lutter contre la désinformation et les contenus haineux, outils souvent critiqués par les conservateurs qui les jugent contre la liberté d’expression. De son côté, Elon Musk affirme défendre la liberté d’expression « absolue », son arrivée à la tête du réseau social pourrait donc avoir de très importantes implications, comme le retour de personnes bloquées sur la plateforme.

La première personne citée est bien entendu Donald Trump, banni définitivement du réseau social suite à la prise du Capitole le 6 janvier 2021. Si Trump a déjà affirmé qu’il ne retournerait pas sur Twitter pour se concentrer sur son propre réseau, Truth Social, on peut déjà se douter qu’il souhaiterait récupérer son compte en cas de candidature à la présidentielle de 2024, pour laquelle il assure qu’il se représentera. L’ancien président a d’ailleurs salué Elon Musk pour son acquisition, et l’a qualifié d’« homme bon ».

Des réactions très mitigées

Le fondateur de Twitter, Jack Dorsey, a déclaré qu'il était heureux que la plateforme « continue de servir la conversation publique », même s'il ne croit pas que « quelqu'un devrait posséder ou diriger Twitter ». Pour rappel, il a quitté son poste de PDG de l’entreprise en novembre dernier. « Pour résoudre le problème d'être une entreprise cependant, Elon est la solution singulière à laquelle je fais confiance. J'ai confiance en sa mission d'étendre la lumière de la conscience », a-t-il ajouté.

Plusieurs associations de défense des droits humains ont, de leur côté, exprimé leurs inquiétudes quant à cette acquisition. Dans un thread Twitter, Amnesty International a déclaré : « Nous sommes préoccupés par toute mesure que Twitter pourrait prendre pour affaiblir l'application des politiques et des mécanismes conçus pour protéger les utilisateurs. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'un Twitter qui ferme délibérément les yeux sur les discours violents et abusifs à l'encontre des utilisateurs, en particulier ceux qui sont les plus touchés de manière disproportionnée, notamment les femmes, les personnes non binaires et autres ».

Même son de cloche chez la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), organisation américaine de défense des droits civiques qui combat la discrimination raciale : « La désinformation, les fausses informations et les discours de haine n'ont AUCUNE PLACE sur Twitter. Ne permettez pas à 45 (Ndlr : Donald Trump, 45ème président des États-Unis) de revenir sur la plateforme. Ne permettez pas à Twitter de devenir une boîte de Petri pour les discours de haine, ou les faussetés qui subvertissent notre démocratie », a déclaré l’association.

Chez les politiques, sans surprise, les Républicains ont accueilli la nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme ; la sénatrice Marsha Blackburn saluant l'accord en le qualifiant d’« encourageant pour la liberté d'expression ». Du côté démocrate, la tendance est davantage à la réserve. L’administration Biden tente en effet de réguler bien davantage les réseaux sociaux, notamment car leur impact sur la société est immense.

Ce lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré aux journalistes que Joe Biden « s'inquiète depuis longtemps du pouvoir des grandes plateformes de médias sociaux ». La sénatrice démocrate Elizabeth Warren affirme quant à elle que le rachat est « dangereux pour notre démocratie », et plaide en faveur d'un impôt sur la fortune et de « règles strictes pour tenir les Big Tech responsables ».

Sur Twitter, le Secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, Cédric O, a assuré que les ambitions de Musk avec Twitter étaient « intéressantes », mais il rappelle que le Digital Services Act, « et donc l’obligation de lutter contre la désinformation, la haine en ligne, etc. - s’appliquera quelle que soit l’idéologie de son propriétaire ».

Faut-il s’inquiéter ?

Il est certain que ce rachat soulève de nombreuses questions, tant les réseaux sociaux ont une influence considérable sur la société. Car si Musk assure vouloir défendre absolument la liberté d’expression, il n’a pas hésité par le passé à bloquer des utilisateurs de Twitter le critiquant. Il a également utilisé la plateforme pour intimider des journalistes ayant eu des propos critiques vis-à-vis de sa personne de l’une de ses entreprises.

Comme le précise Bloomberg, l'offre de Musk ressemble à bien plus qu'à une simple prise de contrôle économique de Twitter. Il semblerait qu’il vise à acquérir un autre type de pouvoir : le contrôle de l'un des plus grands porte-voix du monde et la capacité d'imposer son idéologie libertaire sur les questions de modération et de désinformation. Par ailleurs, le média note qu’Elon Musk pourrait se servir du réseau social pour aider ses autres entreprises, par exemple si « Tesla cherche à rétablir les crédits d'impôt fédéraux pour ses véhicules électriques » et que Trump est réélu, il est tout intérêt à rétablir son compte sur la plateforme.

Un journaliste du New York Times rapporte que de nombreux employés de Twitter ne « veulent pas travailler pour une entreprise dirigée par Elon Musk ». Selon lui, l’heure est à la panique dans les rangs de la firme, avec des employés qui ne sont pas du tout en accord avec l’idéologie du milliardaire. Ce dernier devrait participer à une vaste réunion avec les salariés dans la semaine, lors de laquelle il s’adonnera à une session de questions/réponses.