Avec un léger retard, le Beijing Jianguang Asset Management ou JAC Capital, un consortium sous la direction de Pékin, a sauvé Tsinghua Unigroup début avril. Le fonds d’investissement spécialisé dans les semi-conducteurs a injecté 8,62 milliards d'euros dans l’entreprise pour combler, en partie, une dette abyssale.

Pékin au secours de l’un de ses fleurons

Le 31 mars l’avenir de Tsinghua Unigroup n’a tenu qu’à un fil. Endettée de plus de 27 milliards d'euros, l’entreprise s’est déclarée insolvable en juillet 2021 et a été placée en redressement judiciaire. Elle avait jusqu’à fin mars pour rembourser ses créanciers, une date limite finalement décalée au premier avril, lorsque les fonds de JAC Capital sont enfin arrivés.

Pour Pékin, il était impensable de laisser couler Tsinghua Unigroup. Le conglomérat est né en 1988 d’un partenariat public privé avec la prestigieuse université éponyme, installée dans la capitale chinoise.

Elle s’est imposée comme un géant mondial de la mémoire électronique, des semi-conducteurs. The Register note qu’en 2015 Tsinghua tentait encore de s’offrir l’américain Micron Technology pour 23 milliards de dollars, sans succès.

Le conglomérat a fini par crouler sous les dettes. En janvier 2022 un tribunal chinois a autorisé la mise en œuvre d’une opération de sauvetage assortie d’un plan de réorganisation.

L’autonomie dans le secteur des semi-conducteurs étant devenue une priorité stratégique pour la Chine, Tsinghua a pu éviter la catastrophe. Dans le pays où les investissements dans les fabricants de puces se multiplient à tout-va, le mastodonte Alibaba a proposé une première offre pour renflouer la société.

Le géant chinois a essuyé un refus, jugé incompétent en la matière. Il a peut-être pâti de la mauvaise image dont il jouit à Pékin ou de sa position dominante dans le secteur de l’e-commerce et du cloud computing. C’est finalement le fond JAC Capital, détenu par Pékin, qui a mené le renflouement du fleuron national.

La survie de Tsinghua Unigroup unanimement applaudie ?

Le gouvernement chinois n’est pas le seul à pouvoir pousser un ouf de soulagement. Plusieurs entreprises américaines sont très liées à des entités de Tsinghua, comme l’a constaté The Register.

Hewlett Packard Enterprise détient 49% de New H3C Technologies, une co-entreprise qui fournit les serveurs et le service technique associé de la branche chinoise de HPE. Elle figure aussi sur liste noire américaine pour participer à la modernisation de l’Armée Populaire de Libération. Intel, de son côté, détient 20% d’UNISOC Communications, une autre entreprise de Tsinghua. Elle fabrique des puces pour smartphone.

Le sauvetage de Tsinghua est également une bonne nouvelle pour Apple. Selon Bloomberg, la marque à la pomme souhaite diversifier ses fournisseurs de mémoire flash NAND, après un accident chez le Japonais Kioxia, son inventeur détenant 20% de la production mondiale.

Yangtze Memory Technologies est le seul acteur chinois à maîtriser le développement et la production de mémoire flash NAND. Des pourparlers, des tests seraient en cours entre la structure et Cupertino. Son propriétaire est facile à deviner. Le sauvetage de Tsinghue Unigroup va faire plus d’un heureux.