D’anciens employés de ByteDance accusent l’entreprise de s’être servie du contenu créé par des utilisateurs, de leurs pseudonymes et de leurs photos de profil sur des plateformes sociales concurrentes afin de perfectionner l’algorithme de son ancienne application Flipagram.

Une pratique présente dès le rachat de l’application par ByteDance

Fondée en 2013 par Farhad Mohit à Los Angeles, l’application de partage de courtes vidéos est rachetée par le géant de l’Internet chinois en 2017 et sera renommée plus tard Vigo Video.

Dès lors s’est opéré ce que Flipagram appelle une « technique de développement ». L’objectif de cette dernière était de voler plus de 10 000 vidéos par jour afin de permettre à l’application de prospérer rapidement.

Les anciens employés de l’entreprise chinoise rapportent que les contenus étaient récupérés sur Instagram, Snapchat, et Musical.ly, à l’insu des utilisateurs. Le pillage d’Instagram est toutefois contesté par l’une des sources. La différence de formats des vidéos entre les deux applications rendait l’opération incompatible.

Voler pour développer et perfectionner son algorithme

Les contenus ainsi dérobés étaient ensuite téléversés sur Flipagram afin d’entraîner l'algorithme à reconnaître le contenu populaire aux États-Unis et de refléter au mieux les préférences des utilisateurs américains. Deux anciens employés assurent qu’il s’agit du même algorithme utilisé pour la recommandation de contenu de la section « Pour toi », utilisé par TikTok, mais aussi son équivalent chinois, Douyin.

Soumise à une liste de questions de la part de Buzzfeed News, Jennifer Banks, la porte-parole de ByteDance, a déclaré : « ByteDance a acquis Flipagram en 2017 et l’a exploité, ainsi que Vigo Video, pendant une courte période. Flipagram et Vigo ont cessé leurs activités il y a des années et ne sont liées à aucun produit actuel de ByteDance. »

La réponse des utilisateurs et des concurrents

Lorsque certaines personnes se sont rendu compte que l’entreprise usurpait leur identité, Flipagram ordonnait à ses employés de supprimer les faux profils ou de donner le contrôle de ces derniers aux véritables propriétaires.

Pour lutter contre ces pratiques, Snapchat et Instagram prohibent depuis 2017 le vol du contenu de leurs utilisateurs. « Nos conditions d’utilisation interdisent le vol et la republication du contenu public de nos services, et nous mettons en place des dispositifs pour limiter les tentatives » explique Russ Caditz-Peck, le porte-parole de Snap.

L’entreprise chinoise estimée à 400 milliards de dollars n’en est pas à sa première accusation de vol de propriété intellectuelle. L’année dernière, ByteDance avait été condamnée à verser 1,2 million de dollars à Tencent pour violation des droits d’auteur en diffusant des vidéos du jeu Honor of Kings sur son application Douyin.