À New York, Uber intégrera prochainement les célèbres taxis jaunes dans son application. En plus d’augmenter drastiquement son offre, le géant américain semble finalement faire la paix avec l’industrie du taxi.

Les contours du partenariat

Il s’agit d’un accord qui pourrait bien chambouler toute une industrie. Grâce à celui-ci, les quelque 14 000 taxis opérant dans la grande pomme vont avoir accès à la très importante base de clientèle d’Uber. Concrètement, les partenaires technologiques agréés de la Commission des taxis et des limousines de la ville de New York vont intégrer le logiciel de leurs applications de transport de taxi à celui d'Uber. Ces applications, gérées par Creative Mobile Technologies et Curb Mobility, sont utilisées par les taxis new-yorkais et permettent le paiement par carte de crédit dans les taxis, gèrent les écrans qui affichent la météo, les actualités et les publicités aux passagers.

Les passagers paieront le même prix pour une course en taxi que pour une course Uber X, le type de course le plus fréquent sur l’application. Pour ce qui est des revenus des chauffeurs de taxi, ils seront payés de la même manière que les chauffeurs Uber de la ville de New York lorsqu’ils passeront par l’appli Uber. Il s’agit d’une formule basée sur ce que l'on appelle le taux d'utilisation, qui tient compte de la part de temps qu'un chauffeur passe avec des passagers dans son véhicule par rapport au temps passé à ne rien faire et à attendre une course.

Le tarif au compteur des taxis jaunes est calculé différemment, ce qui signifie que les chauffeurs de taxi peuvent gagner moins, plus ou la même chose que les chauffeurs Uber, selon la course. Toutefois, les chauffeurs de taxi auront un avantage par rapport à ceux d’Uber puisqu’ils verront les gains attendus avant une course, ce qui leur permettra de la refuser s'ils pensent que cela n'en vaut pas la peine. Uber devrait toucher 20 % des revenus générés par les courses des taxis, comme pour ses propres chauffeurs.

Si ce partenariat devrait permettre aux chauffeurs de taxi d’augmenter leurs nombres de courses, certains restent méfiants à l’encontre d’Uber : « Après que son modèle d'entreprise a montré les défaillances pour protéger les chauffeurs des baisses de fréquentation et de la hausse des prix de l'essence, Uber revient à ses racines : les taxis jaunes », a ironiquement déclaré Bhairavi Desai, le directeur exécutif du syndicat New York City Workers Alliance.

Le Covid-19 a poussé Uber à changer

La décision d’Uber est motivée par le changement de dynamique profond qui a débuté en 2020, suite à la pandémie de Covid-19. Durant cette période, Uber a dû faire face à de grandes difficultés avec la chute considérable du nombre de courses opérées par ses chauffeurs. En amont, son unité de livraison de repas, Uber Eats, s’est largement développée et a même surpassé son activité principale ; une tendance qui, si elle s’est affaiblie, reste d’actualité. Comme le rapporte ABC News, les réservations brutes pour les services de livraison d'Uber ont atteint 13,4 milliards de dollars au dernier trimestre de 2021, contre 11,3 milliards de dollars issus des réservations brutes pour les courses Uber.

Un chauffeur Uber dans son véhicule.

Dans de nombreux pays, et particulièrement en France, les taxis et les VTC ont des relations très conflictuelles. Photographie : Dan Gold / Unsplash

Si la firme note une amélioration depuis la fin 2021, elle peine désormais à trouver de nouveaux chauffeurs, notamment car les travailleurs sont plus intéressés par la livraison. Inclure les taxis new-yorkais dans son offre semble donc logique pour Uber ; en plus de ne pas rajouter de véhicules dans une ville où le trafic est déjà très chargé, cela pourrait également lui permettre d’attirer de nouveaux consommateurs pour Uber Eats. En effet, le responsable de la mobilité mondiale de l’entreprise, Andrew Macdonald, a expliqué que 35 % des personnes qui ont commencé à se rendre sur l'application pour effectuer des trajets ont ensuite utilisé d'autres produits Uber, tels que son service de livraison de nourriture.

Uber ne veut plus bouleverser l’industrie du taxi, elle veut les intégrer à son activité

Ce partenariat semble sonner la fin d’un conflit très mouvementé entre l’industrie du taxi et Uber. Pour rappel, lors de son arrivée sur le marché, Uber annonçait avoir l’ambition de « bouleverser » le secteur des taxis aux États-Unis. D’ailleurs, la ville de New York, le marché américain le plus important d’Uber, a particulièrement été touchée par ce phénomène. The Verge rapporte ainsi que près d'un millier de chauffeurs de taxi ont déposé le bilan, et au moins six conducteurs se sont suicidés.

La guerre entre l’entreprise et les taxis n’est bien entendu pas spécifique aux États-Unis. En France par exemple, les taxis sont entrés en grève à plusieurs reprises pour protester contre le géant américain, et dans plusieurs pays du monde, les syndicats se sont battus et se battent encore contre le modèle d’Uber, parfait exemple de la gig economy.

« Uber a une longue histoire de partenariat avec l'industrie du taxi pour fournir aux chauffeurs plus de moyens de gagner de l'argent et aux passagers une autre option de transport. Nos partenariats avec les taxis se présentent différemment dans le monde entier, et nous sommes ravis de faire équipe avec les sociétés de logiciels de taxi CMT et Curb, ce qui profitera aux chauffeurs de taxi et à tous les New-Yorkais », a déclaré Andrew Macdonald. En effet, dans plusieurs pays, Uber a résolu les conflits avec les taxis en s’associant avec ces derniers.

En Espagne, la société a intégré des taxis à Madrid, Málaga, Valence et Barcelone. En Colombie, elle s'est associée à TaxExpress, qui compte plus de 2 300 chauffeurs actifs. La moitié de toutes les courses de taxi Uber en Amérique latine proviennent du partenariat avec TaxExpress en Colombie. Uber a également des relations avec des logiciels de taxi et des opérateurs de flotte en Autriche, en Allemagne, en Turquie, en Corée du Sud et à Hong Kong.

D’ailleurs, le modèle new-yorkais devrait être étendu au reste des États-Unis, et les ambitions de Uber ne s’arrêtent pas là puisqu’elles sont gigantesques (voire inatteignables ?) ; d'ici 2025, la société veut répertorier tous les taxis du monde sur son application. « C'est certainement ambitieux, mais je pense certainement que c'est possible », a déclaré Andrew Macdonald.

Reste à voir si tous les chauffeurs de taxi accepteront de livrer une partie de leurs revenus à Uber…