Alors qu’il était mis en suspens indéfiniment, l’accord entre TikTok et Oracle pourrait finalement bien avoir lieu. De cette manière, les données des utilisateurs américains de TikTok seraient hébergées par une entreprise américaine.

Washington suspecte TikTok de livrer des informations à Pékin

La filiale de ByteDance craint en effet les régulateurs américains et cherche à les apaiser en passant un accord avec une entreprise basée aux États-Unis. Comme l’explique The Verge, cette solution est baptisée « Project Texas » au sein de l’entreprise chinoise, en raison du siège social d’Oracle qui est basé dans la ville de Houston dans le plus grand état américain.

La relation tumultueuse entre TikTok et les États-Unis ne date pas d’hier. À l’été 2020, le président Donald Trump avait annoncé vouloir interdire l’application sur le sol américain en raison de la proximité supposée entre sa maison-mère et le gouvernement chinois. Les autorités craignaient en effet que les données personnelles des utilisateurs américains de TikTok ne soient livrées à Pékin. Pour Trump, la condition pour que le réseau social continue d’opérer aux États-Unis était que ses activités américaines soient rachetées par une entreprise américaine.

Au départ, Microsoft était pressentie pour s’en charger mais c’est finalement Oracle qui a été choisie. Toutefois, la firme chinoise a fait appel à plusieurs reprises de la décision des autorités américaines, mettant la transaction en suspens jusqu’à ce qu’en décembre 2020, un juge n’empêche l’administration Trump d’aller au bout de son idée en vertu de l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA).

Une fois arrivé au pouvoir, Joe Biden a mis fin aux dernières procédures de son prédécesseur visant à interdire TikTok sur le sol américain.

Des drapeaux américains devant un bâtiment officiel.

Depuis 2020, les autorités américaines se méfient de TikTok. Photographie : Caleb Fisher / Unsplash

Un deal avec Oracle pour apaiser les tensions

Aujourd’hui, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est toujours d’actualité et finalement, le président démocrate semble suivre les traces de Trump par rapport à sa politique à l’encontre de l’Empire du Milieu. Le Comité pour l'investissement étranger, organisation interministérielle de l'administration américaine chargée d'analyser les acquisitions d'entreprises, qui était à l’origine des inquiétudes à l’encontre de TikTok en 2020, n’a pas vraiment changé d’avis et réitère même.

Cette fois, ByteDance compte bien réagir afin d’éviter que les choses n’escaladent ; elle souhaite donc passer un accord avec Oracle. Selon Reuters, le deal est proche d’être bouclé et permettrait au fournisseur cloud de stocker les données des utilisateurs américains sur ses propres serveurs. En outre, une équipe américaine composée de centaines de personnes et spécialisée dans la gestion de données aura également pour mission d’isoler de ByteDance les informations des Américains. Les deux entreprises discutent actuellement d'une structure dans laquelle cette équipe fonctionnerait de manière autonome et ne serait pas sous le contrôle ou la supervision de TikTok.

Pour l’heure néanmoins, on ignore si le Comité pour l'investissement étranger acceptera cet accord, et si celui-ci sera conforme à l’IEEPA.

Pourquoi ByteDance joue-t-elle le jeu ?

Le marché américain est très juteux pour TikTok, ce qui pourrait expliquer pourquoi ByteDance semble, cette fois, aller dans le sens de Washington. En 2020, un sondage démontrait que les adolescents américains préféraient l’application chinoise à Instagram, pourtant un réseau social made in USA.

TikTok est désormais l’un des réseaux sociaux les plus populaires au monde, il s’est d’ailleurs démarqué en août dernier en devenant l’application la plus téléchargée. De son côté, ByteDance est l’une des entreprises ayant la plus forte croissance à l’échelle globale, avec une valorisation qui oscille entre 325 et 450 milliards de dollars. Si elle veut continuer sur sa lancée, mieux vaut ne pas faire trop de vagues…