Didi Chuxing a dû mettre temporairement en pause ses projets d’introduction à la Bourse de Hong Kong, prévue pour cet été. D’après plusieurs sources, le Uber chinois n’aurait pas été en mesure de répondre à toutes les demandes de l’Administration du Cyberspace de Chine (CAC) en matière de cybersécurité.

Non seulement la prévention des fuites de données vers l’étranger, déjà pointées du doigt récemment par la CAC, n’est pas satisfaisante, mais les applications du groupe Didi vont rester absentes des magasins d’applications. Sans l’aval de la puissante CAC et ses applications librement accessibles, une entrée en Bourse est inenvisageable pour Didi Chuxing et ses actionnaires.

La descente aux enfers de Didi

Il s’agit là d’un nouveau coup dur pour l’entreprise qui a toujours de grands projets en Chine, mais aussi à l’international. Si on la compare depuis régulièrement à Uber, elle a su se démarquer dans la création d’une division de conduite autonome viable, valorisée l’année dernière à 6 milliards de dollars. Son équivalent américain, pas assez rentable, avait fini par céder l’ensemble de ses technologies autonomes à Aurora. Représentant clairement un avenir pour Didi, elle avait annoncé un programme lui permettant de mettre 1 million de taxis autonomes sur les routes de Chine d’ici 2030. Un modèle prometteur qui a attiré de nombreux investisseurs internationaux, la poussant même jusqu’à engager une introduction à la bourse de New York, au détriment de Shanghai ou Hong Kong. Un choix qui ne sera pas du tout du goût du régime chinois et qui signera le début des problèmes pour Didi Chuxing.

Une flotte de voitures autonomes de Didi Chuxing

Didi a lancé une flotte de voitures autonomes dans les rues de Guangzhou en Chine. Photographie : Didi.

Alors que l’entreprise s’apprête à réaliser une introduction historique, la State Administration for Market Regulation (SAMR), l’autorité antitrust chinoise, a lancé une enquête pour pratiques anticoncurrentielles. Pas de quoi ralentir Didi dans son entrée en bourse aux États-Unis, effectuée le 30 juin 2021. Quelques jours plus tard, la SAMR bannira ses services des magasins d’applications chinois, officiellement pour collecte illégale de données.

Peu de temps après, la CAC fera irruption dans les locaux de Didi, accompagnée par des représentants du ministère des Transports, des Ressources naturelles, de la Sécurité publique, en charge de la sécurité intérieure en Chine, et de la Sécurité d’État, la branche civile du renseignement et du contre-espionnage. Sanction à laquelle devait s’attendre Didi, l’Empire du Milieu étant dans une vague inédite de répression des entreprises du numérique.

Acculée, ayant perdu 30% de ses utilisateurs, l’entreprise pliera peu à peu sous la pression imposée par Pékin. Revoyant ses ambitions à la baisse, elle abandonnera ses projets d’implantation en Europe. Un départ de Jean Liu, cofondatrice et présidente de Didi sera même envisagé, puis démenti. Finalement, le 3 décembre 2021, l’entreprise annoncera son retrait de la Bourse de New York, pour « préparer sa cotation à Hong Kong ».

jean Liu avec une plante derrière

Jean Liu, présidente de Didi Global. Photographie : World Bank / Flickr.

À présent, si le régime se satisfait d’un retour dans le droit chemin, tout n’est pas oublié pour autant. Le traitement des données chez Didi Chuxing pose toujours problème, notamment leur transfert en dehors de Chine. La CAC n’a pas encore prononcé de nouvelles sanctions suite à ce nouvel examen. Reste à savoir si elle se satisfera de la situation actuelle, ou enfoncera à nouveau le Uber chinois.