Microsoft vient de présenter une liste de principes qui s’appliqueront à ses magasins d’application. Basés sur l’ouverture du marché, ils sont en opposition avec les réglementations en vigueur sur les plateformes de Google et d’Apple.

Microsoft veut un marché ouvert et juste

Dans un billet de blog, le président de la firme de Redmond, Brad Smith, explique que les principes s'appliqueront au Microsoft Store sur Windows et aux plateformes de nouvelle génération qui seront mises en place par Microsoft dans le secteur des jeux vidéo. À terme, ils seront aussi mis en place pour la marketplace où il est possible d’acheter des jeux Xbox.

L’entreprise promet que tous les développeurs pourront accéder à ses app stores s'ils respectent des normes raisonnables et transparentes en matière de qualité et de sécurité, mais également qu’il ne leur sera pas demandé d'utiliser le système de paiement de Microsoft pour traiter les paiements in-app. Dans le cas où ils choisissent un système de paiement alternatif, ils ne seront pas désavantagés.

En outre, Brad Smith assure que les applications tierces seront traitées de manière égale à celles de Microsoft et de ses partenaires, et que les développeurs n’auront pas à proposer des conditions plus favorables que dans d'autres magasins d'applications.

« Les principes que nous adoptons aujourd'hui permettront également d'offrir la meilleure expérience possible aux créateurs et aux clients de toutes tailles. Ces principes sont fondés sur la législation relative aux magasins d'applications envisagée par les gouvernements du monde entier, notamment par les États-Unis, l'Union européenne, la République de Corée, les Pays-Bas et d'autres pays », déclare Microsoft.

Objectif : faire accepter l’acquisition d’Activision Blizzard

La firme ne s’en cache pas : la mise en place de ces nouvelles directives visent notamment à se plier aux régulations actuelles et à venir afin que son rachat d’Activision Blizzard, le plus grand de son histoire, pour un montant d'environ 70 milliards de dollars soit validé par les régulateurs :

« Nous avons élaboré ces principes en partie pour répondre au rôle et à la responsabilité croissants de Microsoft au moment où nous entamons le processus de demande d'approbation réglementaire dans les capitales du monde entier pour notre acquisition d'Activision Blizzard. Ce processus réglementaire débute alors que de nombreux gouvernements mettent également en place de nouvelles lois visant à promouvoir la concurrence sur les marchés des applications et au-delà. Nous voulons que les régulateurs et le public sachent qu'en tant qu'entreprise, Microsoft s'engage à s'adapter à ces nouvelles lois et, grâce à ces principes, nous nous y employons ».

S’il est accepté, le rachat permettrait à Microsoft d’ajouter des titres très populaires comme Call of Duty ou World of Warcraft à son catalogue, et notamment à son offre Game Pass. À ce propos, l’entreprise veut rassurer les législateurs et assure qu’elle ne veut pas monopoliser le marché : les jeux Call of Duty seront encore proposés sur la PlayStation de Sony, grande rivale de la Xbox, et l’entreprise cherche à avoir un accord similaire avec Nintendo. Son PDG, Satya Nadella, assure que l’acquisition d’Activision fera de Microsoft le troisième acteur du marché derrière Tencent et Sony, ce qui ne lui permettrait donc pas d’exercer un monopole dans le secteur.

Le Capitole des États-Unis.

Outre-Atlantique, les régulateurs sont de plus en plus stricts avec les géants technologiques. Photographie : Louis Velazquez / Unsplash

Si Microsoft fournit autant d’efforts pour que sa transaction soit acceptée, c’est parce que cette dernière sera revue par la Federal Trade Commission (FTC). L’agence fédérale est désormais présidée par Lina Khan, une fervente opposante aux pratiques monopolistiques des Big Tech. D’ailleurs, cette dernière a promis d’être davantage agressive avec les fusions d’entreprises, et a même décidé de bloquer le rachat d’ARM par Nvidia, menant à l’abandon de l’acquisition. Nadella assure que le rachat d’Activision par Microsoft sera bénéfique aux utilisateurs grâce à la vision de l'entreprise qui consiste à rendre les jeux jouables sur n'importe quel appareil en créant un magasin d’application universel.

En plus des États-Unis, Microsoft se prépare également à devoir faire face à la méfiance des autorités européennes, réputées pour leur sévérité à l’encontre des géants technologiques, mais aussi de la part du Royaume-Uni. D’ailleurs, la firme de Redmond a récemment accepté de modifier ses abonnements Game Pass outre-Manche, toujours dans le but d’adoucir son image face aux régulateurs.

Microsoft vs Apple et Google

L’intérêt des autorités pour les magasins d’application est de plus en plus vif. Au début du mois, le Sénat américain a approuvé un projet de loi visant à empêcher Apple et Google d’imposer leurs propres règles sur leurs plateformes, mais également pour éviter qu’elles ne prélèvent des frais aux développeurs d’applications.

Avec ces nouveaux principes, Microsoft se positionne directement contre les pratiques d’Apple et de Google. La firme de Redmond a d’ailleurs soutenu Epic Games lors de son procès contre la marque à la pomme, qui s’intéresse justement aux paiements in-app des applications présentes dans l’App Store.

« En tant qu'entreprise, nous continuons à nous concentrer sur l'adaptation à la réglementation plutôt que sur la lutte contre celle-ci. Cela s'explique en partie par le fait que nous nous sommes adaptés pendant deux décennies aux règles antitrust et que nous avons tiré les leçons de notre expérience », assure l’entreprise. Clairement, la stratégie de Microsoft est dessinée : la firme fera tout pour se plier aux exigences des régulateurs avec l’objectif que son rachat d’Activision Blizzard soit finalement validé.