Malheureusement pour WhatsApp, la Commission européenne n’a pas oublié le tollé soulevé par son changement de conditions d’utilisations il y a un an. Dans un communiqué publié le 27 janvier, l’institution européenne et le réseau des autorités nationales de protection des consommateurs exigent de WhatsApp des réponses d’ici à fin février à une série de questions sur ce changement.

2021 n’est pas finie en Europe pour WhatsApp

Cette décision est la suite directe de la plainte contre WhatsApp, en juillet 2021, du Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC), un rassemblement de 46 associations européennes de droits des consommateurs, dont UFC-que choisir pour la France.

Sa directrice adjointe, Ursula Pachl s’est félicitée de la démarche de la Commission et des autorités de protections des consommateurs en rappelant l’objet de la plainte de juillet, « WhatsApp a bombardé les utilisateurs pendant des mois avec des messages pop-up persistants. Qui plus est, les consommateurs ne savaient pas ce qu'ils étaient poussés à accepter ».

Ursula Pachl accuse WhatsApp d’avoir « été délibérément vague à ce sujet, préparant le terrain pour un traitement des données de grande envergure sans consentement valable des consommateurs ».

Les habitués de WhatsApp s’en souviennent sûrement, au début de l’année 2021, la messagerie décidait de changer ses conditions d’utilisations et d’instaurer nouvelle politique de confidentialité, suscitant l’indignation générale. Les grands moyens mis en œuvre pour convaincre les usagers européens récalcitrants, à grand renfort d’alertes, de messages in-app, pour inciter à cocher « j’accepte » ont marqué les esprits.

À tel point que WhatsApp a dû mettre de l’eau dans son vin en retardant la mise en place de ces nouvelles conditions à mai 2021. En parallèle, les messageries chiffrées comme Signal ou Telegram se frottaient les mains avec des pics d’inscriptions révélateurs.

La Commission européenne exige des réponses

À l’occasion de l’ouverture d’un « dialogue officiel » avec la messagerie, le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders a déclaré, « J'attends de WhatsApp qu'elle se conforme pleinement aux règles européennes qui protègent les consommateurs et leur vie privée ».

La société de Meta, anciennement Facebook, devra prouver à la Commission qu’elle a informé clairement les consommateurs sur ses nouvelles conditions, leurs conséquences, montrer l’équité des notifications utilisées pour inciter les utilisateurs a accepté sa nouvelle politique et s’ils ont eu la possibilité de se familiariser avec les changements induits.

WhatsApp devra également rassurer la Commission sur ses échanges de données avec des entités tierces ou d’autres structures de Meta. Une préoccupation majeure pour l’autorité européenne. En 2016 Facebook avait été condamné à une amende de 109 millions d’euros pour infractions aux règles de fusion-acquisition. Le réseau social était revenu sur sa promesse de non-partage de données entre lui et WhatsApp.

TechCrunch rapporte une réaction sereine de la messagerie après l’annonce de la Commission, « Nous sommes impatients d'expliquer à la Commission européenne comment nous protégeons la vie privée de nos utilisateurs conformément à nos obligations en vertu du droit européen ».

Le média américain précise que le porte-parole de WhatsApp a évoqué une mise à jour de novembre 2021 de sa politique de confidentialité dans la région européenne, conforme au RGPD. Un signe de bonne volonté dans la mesure où la filiale de Meta n’a pas eu vraiment le choix : elle a été auparavant condamnée à une amende de 225 millions d’euros pour violation du RGPD deux mois auparavant. Une décision qu’elle conteste.

Pour éviter une nouvelle procédure en Europe, WhatsApp « a jusqu'à la fin du mois de février pour revenir vers nous avec des engagements concrets sur la façon dont ils vont répondre à nos préoccupations » détaille Didier Reynders.