Le rachat d’ARM par Nvidia semble de moins en moins probable de se concrétiser, selon des informations recueillies par Bloomberg. Si en public, l’entreprise américaine se montre toujours confiante quant à la finalisation de l’acquisition, il semblerait que le son de cloche soit très différent en interne.

Les régulateurs sont méfiants du rachat par Nvidia

Le rachat, d’un montant de 40 milliards de dollars, a été annoncé fin 2020 avec l’ambition « d'accélérer les progrès et créer de nouvelles solutions qui permettront de créer un écosystème mondial innovant » ; mais tout ne se passe pas comme prévu.

Très rapidement, le régulateur britannique, pays natal d’ARM, a lancé une enquête sur l’acquisition, et a récemment déclaré qu’une investigation encore plus approfondie était nécessaire. La Commission européenne enquête également sur la transaction, tout comme la Federal Trade Commission (FTC) qui estime que celle-ci est anticoncurrentielle. De leurs côtés, les autorités chinoises ont affirmé qu’elles bloqueraient le rachat si aucun autre pays ne s’en charge.

Nvidia tente tant bien que mal de se dépatouiller de cette situation, mais les suspicions des autorités sont solides.

SoftBank aurait une alternative pour ARM

Et pour cause, les architectures d’ARM sont utilisées sous licence presque universellement dans les smartphones et autres appareils mobiles, par des marques comme Apple, Intel, Samsung, Qualcomm, Microsoft ou encore Amazon. Nvidia fait aussi partie des clients d’ARM, ce qui l’empêcherait de maintenir l’indépendance de cette dernière malgré ce qu’elle prétend, selon plusieurs de ses rivaux.

Une puce ARM.

L'architecture ARM est utilisée par des géants technologies du monde entier. Photographie : Open Grid Scheduler / Grid Engine / Wikimédia

Un groupe comprenant Qualcomm, Microsoft, Intel et Amazon a ainsi fourni aux régulateurs du monde entier ce qu'ils pensent être suffisamment de preuves pour empêcher l'accord. Face à ces nombreuses réticences, de plus en plus de personnes évoluant au sein de Nvidia estiment que l’acquisition ne pourra pas arriver à son terme. SoftBank, actuel détenteur d’ARM, réfléchirait quant à lui à une introduction en Bourse pour la firme britannique, alors que le secteur des semi-conducteurs a la cote.

La situation crée des tensions au sein de Nvidia, avec certaines personnes résignées à l'échec de l'acquisition, tandis que d'autres pensent que la direction pourrait utiliser la procédure intentée par la FTC pour démontrer les mérites du rachat.

Des paroles de façade

L'accord initial entre Nvidia et SoftBank expirera le 13 septembre, soit deux ans après avoir été établi. Il pourra toutefois être renouvelé si un accord est conclu ; dès le départ, Nvidia avait déclaré que la conclusion de la transaction prendrait « environ 18 mois », ce qui suggère une finalisation autour de mars cette année… Une deadline qui paraît aujourd’hui inatteignable.

« Nous continuons à défendre les points de vue exprimés en détail dans nos derniers documents réglementaires, à savoir que cette transaction offre l'occasion d'accélérer le développement d’ARM et de stimuler la concurrence et l'innovation » a déclaré Bob Sherbin, porte-parole de Nvidia. SoftBank se dit, de son côté, « pleine d’espoir ». Des propos qui seraient donc de façade puisque la tendance serait davantage à un abandon de l’acquisition.

Cet échec ne mettrait cependant pas Nvidia en perdition : même sans compter ARM parmi ses rangs, elle est l’entreprise de semi-conducteurs la plus valorisée des États-Unis.