Alors que de nouvelles réglementations visant à davantage encadrer les cryptomonnaies et la blockchain se préparent outre-Atlantique, les acteurs majeurs du secteur s’activent pour mener d’importantes campagnes de lobbying. Cette nouvelle tendance témoigne de la grande popularité dont jouissent désormais les entreprises spécialisées en cryptomonnaies.

De nombreuses de mesures visant les cryptomonnaies sont à venir

Plusieurs agences et organismes fédéraux préparent des textes pour réguler l’usage des cryptomonnaies aux États-Unis. En effet, la récente baisse du cours du Bitcoin accroît la pression sur les régulateurs, alors que certains investisseurs subissent de lourdes pertes. C’est pourquoi le département du Trésor s’apprête à préciser quelles entreprises de cryptomonnaies devront communiquer des informations sur les utilisateurs dans le cadre du projet de loi sur les infrastructures.

La Securities and Exchange Commission (SEC), agence fédérale chargée de réglementer et contrôler les marchés financiers, ainsi que la Commodity Futures Trading Commission, qui régule les bourses de commerce, ont annoncé que des mesures seraient prises contre les entreprises qui ne respectent pas leurs règles. La SEC veut également s’engager davantage dans la lutte contre les entreprises de cryptomonnaies qui émettent ou négocient des titres sans s'enregistrer auprès de l'agence.

Aussi, l'Internal Revenue Service, qui collecte l’impôt sur le revenu, l'Office of the Comptroller of the Currency, chargé de réguler et de surveiller les banques nationales implantées aux États-Unis et la Réserve fédérale, la banque centrale du pays, prévoient d'émettre prochainement de nouvelles mesures qui pourraient avoir un impact considérable sur les bénéfices engrangés par les acteurs du secteur des cryptomonnaies. D'ailleurs, la plateforme d'échanges Binance fait actuellement objet de deux enquêtes menées par trois agences.

En outre, la Réserve fédérale se prépare à publier un rapport sur la manière dont un dollar numérique pourrait s'intégrer dans les plans à long terme des États-Unis pour leur système de paiement, rapporte Bloomberg. Clairement, les monnaies numériques étatiques entreront directement en concurrence avec les cryptomonnaies, et plus particulièrement les stablecoins, qui sont liés aux dollars. Justement, plusieurs agences envisagent de publier des informations sur la manière dont elles prévoient de traiter ce type de cryptomonnaies.

Le Capitole, emblème du pouvoir législatif aux États-Unis. Photographie : Adam Szuscik / Unsplash

Les dépenses dans le lobbying en hausse

Afin d’être en mesure d’influencer les législateurs en leur faveur, les entreprises de cryptomonnaies n’hésitent pas à dépenser et certaines se lancent pour la première fois dans le domaine du lobbying. Ainsi, des firmes spécialisées dans les stablecoins ou encore dans les NFT enregistrent leurs premiers cabinets de lobbying, et n’hésitent pas à donner davantage aux politiques alors que les élections de mi-mandat approchent outre-Atlantique.

D’ailleurs, les dons venus d’acteurs dans le secteur des cryptomonnaies deviennent rapidement une source importante de revenus pour certaines personnalités politiques. Au cours des trois premiers trimestres de 2021, environ un tiers des contributions au comité de campagne de la républicaine Cynthia Lummis, députée du Wyoming, provenaient de cadres ou d'investisseurs en cryptomonnaies. En conséquence, l’élue a déclaré qu'elle prévoyait cette année d'introduire une loi qui permettrait aux entreprises de cryptomonnaies de créer leur propre organisme afin de s’autoréguler.

En outre, la sénatrice démocrate de l’Arizona, Kyrsten Sinema, a elle aussi reçu d’importantes sommes de la part des mêmes donateurs. Les acteurs les plus connus du secteur accélèrent eux aussi leurs stratégies de lobbying. Coinbase a dépensé 625 000 dollars à cet effet au troisième trimestre 2021, contre 60 000 dollars à la même période de l’année précédente. De même, la Blockchain Association, qui « représente les leaders réputés du secteur américain de la blockchain et des cryptomonnaies », a déclaré avoir dépensé deux fois plus dans le lobbying en 2021 que l’année précédente.

Les crypto-monnaies pèsent de plus en plus

Ces efforts commencent à payer. « Le ton autour de la crypto a absolument pris un tournant positif à Washington », explique Kristin Smith, directrice exécutive de la Blockchain Association. Elle assure en outre que l’organisme a été en contact régulier avec les personnes travaillant sur la législation relative aux cryptomonnaies, ainsi qu’avec les agences rédigeant les règles relatives aux exigences de déclaration fiscale et aux dispositions de lutte contre le blanchiment d'argent.

L’adoption des cryptomonnaies explose dans le monde. Logiquement, les gouvernements légifèrent pour mieux les réguler. Reste à voir quelle direction sera prise par les autorités américaines, qui pourraient s’inscrire en précurseurs dans le domaine en Occident. Il faut néanmoins noter qu’outre-Atlantique, le pouvoir du lobbying est immense et cette pratique pourrait donc adoucir les véhémences des législateurs…

Une chose est sûre : le fait d’avoir recours au lobbying démontre que le secteur des cryptomonnaies n’est plus du tout à prendre à la légère, puisqu’il possède désormais un poids politique dans la première puissance mondiale.