L'accélération du développement des nouvelles technologies est emblématique de l'intensification de la concurrence entre les deux superpuissances technologiques du monde. Selon un récent rapport de Spectrum, les tensions qui existent entre la Chine et les États-Unis depuis quelques années ont accéléré la recherche dans le domaine de la tech.

La faute à Bill Gates ?

Le point de départ de cette guerre technologique entre la Chine et les États-Unis remonte certainement à 1992, lorsque Bill Gates introduit Microsoft sur le marché naissant des logiciels en Chine. Six ans plus tard, il ouvre le Microsoft Research Asia, le plus grand institut de recherche informatique fondamentale et appliquée de la société en dehors des États-Unis. La plupart des collaborateurs chinois de ce centre de recherche ont par la suite fondé ou dirigé d'autres institutions technologiques de premier plan, pour le compte de la Chine. Parmi eux, le fondateur de ByteDance, propriétaire de TikTok et l'une des entreprises les plus prospères au monde.

Aujourd'hui, c'est l'intelligence artificielle qui est au centre du débat. Dernier exemple en date avec OpenAI, qui dévoilait un juin 2020 son impressionnant modèle de traitement de langage naturel GPT-3. Un an plus tard, l'Académie d'intelligence artificielle de Pékin de l'université Tsinghua a publié un modèle encore plus grand, Wu Dao 2.0, avec dix fois plus de paramètres. Si l'américain GPT-3 compte 175 milliards de paramètres, les créateurs de Wu Dao 2.0 affirment qu'il en compte 1,75 trillion. Le modèle chinois est capable non seulement de générer du texte comme GPT-3, mais aussi des images à partir de descriptions textuelles...

La Chine et les États-Unis se sont lancés dans une course sans fin

Selon le rapport de Spectrum, il ne s'agit pas d'une simple surenchère : « que les chercheurs concernés le veuillent ou non, leurs gouvernements sont impatients d'intégrer chaque avancée de l'IA dans leur infrastructure de sécurité nationale et leurs capacités militaires ». La domination technologique est signe de victoire probable dans une future guerre. Un avantage technologique permet aussi de garantir la longévité et l'influence mondiale du gouvernement qui le détient.

C'est aujourd'hui le cas de la Chine qui utilise l'IA pour réprimer les dissidents ou oppresser des peuples dans leur entièreté, comme c'est le cas avec les musulmans chinois Ouïghours, mais aussi attribuer une note sociale à ses habitants. Un modèle autoritaire qui promet la prospérité économique pour contrer la démocratie, ce que l'Union soviétique n'a jamais pu faire. Étonnamment ou ironiquement, la Chine est un concurrent que les États-Unis ont « fabriqué » avec un marché de consommation qui a alimenté le moteur d'exportation de la Chine.

Derrière cette guerre technologique, c'est une guerre de l'armement qui se joue. Selon Robert O. Work, ancien secrétaire adjoint à la défense des États-Unis, « la théorie de la victoire a pris le dessus sur le reste. L'objectif est la destruction du système militaire. Les chinois et les américains voient cela à peu près de la même façon. Si l'un d'entre eux peut faire exploser le réseau d'armement de son adversaire, ce dernier ne pourra plus opérer et ne pourra plus atteindre ses objectifs ». Au-delà des prouesses technologiques rendues publiques, la Chine et les États-Unis cherchent donc à faire progresser leurs technologies militaires.