Intel a annoncé, lundi 6 décembre, son intention d’introduire Mobileye en bourse aux États-Unis, en 2022. Il s’agit d’une société israélienne, spécialisée dans la conduite autonome et les solutions d’assistance à la conduite. Le fabricant de composants informatiques l’a acquise en 2017, avec pour objectif de se développer sur de nouveaux marchés. Cette nouvelle intervient alors qu’Intel tente de se recentrer sur son activité première, les semi-conducteurs, et de se relancer après une période difficile.

Mobileye pourrait atteindre les 50 milliards de dollars de valorisation

Dans un communiqué, l’entreprise américaine a annoncé vouloir introduire Mobileye en bourse d’ici la mi-2022, par une offre publique initiale (IPO). La société israélienne pourrait être valorisée à plus de 50 milliards de dollars. Une belle plus-value après un rachat en 2017 pour 15,3 milliards de dollars.

Le cours des actions d’Intel a considérablement baissé depuis le mois d’avril, passant de 68 dollars à un peu moins de 50. Depuis cette annonce, le cours est remonté à 54 dollars. « Amnon [PDG de Mobileye] et moi avons déterminé qu'une introduction en bourse offrait la meilleure opportunité de s'appuyer sur les antécédents de Mobileye en matière d'innovation et de créer de la valeur pour les actionnaires », affirme son PDG, Pat Gelsinger. « Mobileye a réalisé un chiffre d'affaires record d'une année sur l'autre avec des gains en 2021 qui devraient être supérieurs de plus de 40 % à ceux de 2020 », ajoute-t-il. Intel a également indiqué qu’elle « continuera à soutenir Mobileye avec des ressources techniques […] notamment l'accélérateur de services de fonderie ». L'entreprise restera l’actionnaire majoritaire.

Cette introduction en bourse n'entraînera aucun changement au sein de la société fondée en 1999 à Jérusalem. Son équipe de direction ne change pas, et son PDG et cofondateur, Amnon Shashua, reste également en place. Depuis ses débuts, la société, qui apparaît comme l’une des plus grandes réussites entrepreneuriales israéliennes dans le domaine des nouvelles technologies, développe des voitures autonomes et des systèmes d’aide à la conduite pour d’autres constructeurs.

Elle a ainsi conclu plusieurs partenariats avec de grands noms de l’automobile, comme BMW, General Motors ou encore Volvo. Le dernier accord conclu est celui passé avec Ford. Il prévoit l’utilisation, dans la future gamme de voitures Ford, de la nouvelle génération d’aides avancées à la conduite. Le constructeur américain utilisera par exemple la technologie de détection par caméra, nommée EyeQ. Une technologie qui permet, entre autres, l’avertissement de collision imminente, la détection de véhicules, piétons, cyclistes. Mobileye a aussi dévoilé un partenariat avec Sixt pour le lancement de robotaxis.

Une voiture de Mobileye.

Depuis son rachat par Intel, Mobileye multiplie les partenariats avec de grandes entreprises, comme Ford, Volvo ou encore Sixt, pour le lancement de robots taxis. Image : Intel.

Intel veut relancer les investissements sur les semi-conducteurs

Intel fait partie des géants des semi-conducteurs, dont les constructeurs automobiles ont un besoin croissant pour leurs véhicules. Entre les voitures autonomes et les voitures électriques, qui comprennent de plus en plus d’électronique, la demande en puces du secteur augmente logiquement. L'acquisition de Mobileye a permis de s’introduire sur ce marché dynamique. Preuve de cette demande, un cinquième des coûts en matériaux dans la fabrication de voitures haut de gamme viendra des semi-conducteurs d’ici 2030, contre 4% en 2019.

Depuis son arrivée en février 2021 sous la pression des investisseurs, Pat Gelsinger a décidé de recentrer l’activité et les investissements d’Intel sur son cœur de métier : les semi-conducteurs. La situation de la société était compliquée, le fonds spéculatif Third Point LLC lui demandant même de mener expressément des changements stratégiques radicaux. La valeur marchande d’Intel, d’un peu plus de 200 milliards de dollars, est bien loin de celle de ses concurrents, notamment NVidia et ses 650 milliards de dollars. Des chiffres qui illustrent le retard de l’entreprise de Santa Clara, dépassée sur le marché au second trimestre 2021, par Samsung.

Dès le début de l’année, elle a annoncé divers investissements dans le secteur des puces. En juillet, elle a commencé par dévoiler sa feuille de route jusqu’en 2025, avec l’ambition de devenir le numéro 1 du secteur. En mai, 3,5 milliards de dollars ont été annoncés pour stimuler la fabrication de puces aux États-Unis, en plus d’un plan d’investissement de 20 milliards. S’ajoute à cela un investissement de 80 milliards d’euros en Europe sur 10 ans, comprenant notamment la construction de deux usines.

Le géant américain doit aussi composer avec la pénurie de semi-conducteurs, qui devrait durer jusqu’en 2023. Causée principalement par la pandémie, elle a entraîné des difficultés d’approvisionnement et une demande exponentielle. Cette pénurie a surtout accentué la dépendance des constructeurs automobiles aux chipsets, ce qui devrait arranger les affaires d’Intel et de Mobileye.