Amazon, Target, ou encore Ikea font partie des sociétés aggravant la congestion et la pollution dans les ports de la côte ouest des États-Unis. C’est ce qu’affirme un rapport publié le 29 novembre, par les associations environnementales Pacific Environment et Stand.earth. Un embouteillage dans ces ports a amené à une crise de pollution de l’air dans les communes avoisinantes. Cette étude pose à nouveau la question de la responsabilité du commerce maritime.

Pollution record et embouteillages dans les ports en Californie du Sud

La situation est critique en Californie du Sud, où se trouve le plus gros complexe portuaire de l’hémisphère occidental. La pandémie, et surtout le Black Friday, a entraîné une augmentation fulgurante des commandes, et par conséquent du trafic maritime, nécessaire pour acheminer les articles. « La pandémie a alimenté la croissance du commerce électronique et la consommation de biens de consommation », explique l’introduction du rapport (pdf).

L’augmentation de la demande, ajoutée aux difficultés des chaînes d’approvisionnement et aux pénuries, a créé un embouteillage dans les ports le long de la côte. Un bouchon en partie dû aux porte-conteneurs trop nombreux. Cela entraîne également une forte augmentation de la pollution de l’air, dans les ports comme dans les villes avoisinantes. Lundi, 84 navires ont stationné près des côtes de Californie du Sud, 47 à proximité du port de Long Beach, et 37 à l’extérieur du port de Los Angeles.

Les agglomérations près de Long Beach, et de Los Angeles, ont l’une des pires qualités de l’air de tous les États-Unis, entraînant régulièrement de graves problèmes de santé pour les habitants. « La crise actuelle pousse les niveaux de pollution des communautés portuaires à des niveaux sans précédent », expliquent les auteurs. Les problèmes que connaissent actuellement ces ports devraient durer au moins jusqu’au milieu de 2022, d’après Goldman Sachs.

Un impact « démesuré »

Amazon, Walmart, Ikea, et Target : voilà les géants pointés du doigt par le rapport de la campagne Ship It Zero, et en partie responsables de l’embouteillage maritime et de la pollution de la côte ouest. L’ensemble de leurs importations correspond à l’émission de 20 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone entre 2018 et 2020. Concrètement, cela représente l’équivalent de la pollution de cinq centrales à charbon, par an.

Les auteurs du rapport qualifient le rôle de Target et d’Amazon dans cette crise de « démesuré ». La plupart de leurs marchandises transitent en effet par ces ports de l’Ouest américain, ces entreprises étant dépendantes des routes maritimes entre la Chine et les États-Unis. Elles seraient même « directement responsables des dommages causés aux communautés », indique le rapport.

Target, Walmart, et Ikea. Les 4 entreprises visées par le rapport Ship It Zero sont dépendantes des routes maritimes situées entre la Chine et la côte ouest des États-Unis, ce qui accentue les risques d’embouteillages dans les ports de Californie du Sud. Image : Ship It Zero.

Si Target et Amazon sont particulièrement mis en cause dans ce rapport, c’est parce qu’ils seraient respectivement responsables de l’émission de 6,4 millions, et 1,4 million, de tonnes métriques de dioxyde de carbone. La Californie du Sud représente le lieu où Target enregistre le plus de ventes par clients, et où Amazon a fait construire tout un réseau de centres de distribution des articles.

Walmart serait responsable de 11,5 millions de tonnes d’émissions sur les deux dernières années, et figure en première place quant au volume échangé. Le géant de la distribution répartit tout de même cette pollution entre la côte est et la côte ouest. Seules les émissions d’Ikea ont diminué en deux ans. Le rapport estime que la société suédoise a diminué ses émissions, entre 2018 et 2019, de 16%, puis de 8,5% l’année suivante.

Target, Amazon, Walmart et Ikea mettent avant leurs initiatives environnementales

Ikea a tenté de trouver des solutions rapides pour éviter la congestion des ports américains. Le fabricant de meubles a choisi de transporter certains articles entre la Chine et l’Europe par train plutôt que par bateau. Le rapport affirme que ce changement est l’une des raisons ayant entraîné une diminution de ses émissions de dioxyde de carbone.

Sans surprise, les principaux concernés se défendent en mettant en avant des projets et des initiatives pour diminuer leur impact environnemental. Amazon indique avoir pour objectif de rendre la moitié de ses expéditions neutres en carbone avant la prochaine décennie. Target affirme vouloir être « zéro carbone » d’ici 2040. Même objectif pour Walmart, d’après les propos d’un représentant de la société à CNN Business.

En 2021, 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent du transport maritime. Cela semble peu, mais c’est plus que le transport aérien. Si la tendance à la hausse de la demande se poursuit, le rapport affirme que les émissions augmenteront de 50% par rapport à 2018.

Les quatre multinationales ciblées ont une grande responsabilité dans la transition énergétique des transporteurs. Elles ont en effet recours à un groupe restreint de transporteurs, parmi les plus polluants. Pourtant, des solutions existent ou sont en développement, à l’image du cargo électrique Yara Birkeland. Ces sociétés vont devoir innover et trouver des solutions pour améliorer leurs bilans carbone et éviter que de tels problèmes se perpétuent.