Comme chaque mois, Meta publie un résumé sur les comptes supprimés pour « comportements coordonnés inauthentiques ». Le réseau social a révélé dans l’édition du 1er décembre avoir supprimé des comptes liés à une mouvance antivax appelée V_V, né en Italie qui s’est étendue jusqu’à la France.

V_V, le harcèlement comme moyen d’action

En général, les comportements inauthentiques repérés correspondent à des campagnes de propagande ou de désinformation artificiellement alimentée dans un but politique, que ce soit par des États, des groupes politiques ou autre.

Selon Meta, V_V s’est livré à des campagnes de désinformations avec un relent complotiste en tentant de submerger des pages grand public de commentaires pour imposer leur vision. Les comptes supprimés sont également coupables d’avoir mené des campagnes de harcèlement organisées contre « des professionnels de santé, des journalistes et des élus », d’après le rapport.

Les membres de la mouvance se livrant à de telles pratiques se coordonnent sur des groupes Telegram. La plupart ne se cachent nullement lors de ces « opérations », affichant le logo de V_V, un W rouge tiré de l’imagerie du film V pour Vendetta, sur leurs photos de profil. Facebook n’est pas le seul touché, ils sont également présents sur Instagram, Twitter, YouTube ou le réseau social russe Vkontakte.

Les amis Facebook d'un représentant italien de V_V. Crédit : Graphika

L’intimidation comme motivation

Pour passer sous les radars de la modération en revanche, il se contente sur Facebook de poster des commentaires, soit les mêmes textes copiés collés, sois des images avec des représentations renvoyant au nazisme. Certains mots ont été volontairement modifiés, comme « vaccinati », vacciné en italien, devenu « vaxcinati ».

L’objectif était clairement d’intimider les personnes ciblées pour les pousser à supprimer un contenu. Des membres de V_V, dans des groupes plus fermés, se figurent être des « guerriers » en lutte contre les vaccins, allant jusqu’à prêter allégeance.

Campagne de recrutement du V_V francophone. Crédit : Graphika

Meta rapporte, « Ils qualifiaient souvent des docteurs, des journalistes et des médias de “nazis” pour avoir fait la promotion des vaccins contre le Covid, affirmant que la vaccination obligatoire mènerait à une “dictature sanitaire” ».

Les hastag utilisé par les membres de V_V. Crédit : Graphika

Meta, en association avec Graphika, une entreprise spécialisée dans la désinformation, « il a été publiquement rapporté qu'il se livrait à des comportements violents en ligne et hors ligne ». L’entreprise a publié dans un rapport des images de tag en Italie devant des centres de vaccinations, des hôpitaux.

Les tags V_V laissés dans la rue en Italie. Crédit : Graphika

L’interdiction de Meta comme solution ?

V_V est né en Italie au cours de l’année 2020. Dans un article publié en mars 2021, Libération, ne recensait qu’une quarantaine de membres francophones du groupe en lutte contre le « nazisme sanitaire », mais aussi la 5G qui y serait lié, la reconnaissance faciale, les nanotechnologies…

La minorité francophone du groupe a pu bénéficier de leurs homologues italiens pour harceler une élue LREM de Moselle, des pages Facebook de France Info, du Républicain Lorrain, ou des publications de ville annonçant l’ouverture d’un nouveau centre de vaccination…

L'annonce de l'ouverture d'un centre de vaccination à Ribérac, en France, a été prise pour cible par V_V. Crédit : Graphika

Au total, aujourd’hui 20 000 personnes seraient liées à V_V, la plupart ne prenant pas part aux opérations de harcèlement, rapporte Le Monde. Cela explique la décision de Meta de ne pas bannir tous les contenus V_V. Le réseau social assure continuer « à surveiller la situation ». Comme avec le célèbre groupe complotiste QAnon, Meta ne s’interdit pas de prendre « des mesures si nous constatons des violations supplémentaires afin de prévenir les abus sur nos applications ».