Auditionnée par le Parlement européen le 8 novembre, Frances Haugen, à l’origine des Facebook Files, a estimé que le Digital Service Act (DSA), pouvait devenir « une source d’inspiration pour toute la planète, y compris pour les États-Unis ».

Les Facebook Files, une tempête en deux actes

Les eurodéputés ont été nombreux à rendre hommage au courage de Frances Haugen, à la suite de son intervention chaleureusement applaudie au Parlement européen. La trentenaire, originaire de l’Iowa, a quitté Facebook en mai 2021, après avoir intégré l’équipe « Civic integrity », en charge de lutter contre la désinformation, en 2019.

Choquée par le comportement de son ex-entreprise, qu’elle accuse de « privilégier le profit sur la sécurité des utilisateurs », elle a emporté à son départ des milliers de documents internes. Elle les a transmis dans un premier temps au Wall Street Journal, à l’origine de la première phase des Facebook Files fin septembre. Le 3 octobre débute la seconde phase. Elle décide de révéler publiquement son identité et de diffuser les documents aux autorités américaines et à la presse internationale, dont Le Monde, en France.

La liste des révélations tirées des sources internes est longue : modération différenciée selon la célébrité de l’utilisateur, la preuve du mal-être causé par Instagram sur certaines adolescentes, les manquements graves de la modération dans les pays en crise, la modération plus ou moins efficace selon la langue locale, les tensions internes autour de la gestion des discours de haine…

Pour sa défense, Facebook a commencé par dénoncer une fuite basée sur des documents volés, mal interprétés et sortis de leur contexte. Le réseau social, ne citant jamais nommément Frances Haugen, insiste sur sa courte carrière au sein de l'entreprise. Ensuite, Facebook a focalisé sa communication sur ses excellents résultats trimestriels et son changement de nom, devenu Meta.

Frances Haugen à la rencontre des parlementaires européens

De son côté, Frances Haugen a entamé une tournée internationale pour faire entendre sa voix. Après avoir témoigné devant le Sénat américain le 5 octobre, elle s’est rendue en Europe, devant le Parlement britannique, puis au Web Summit, à Lisbonne, et enfin devant les parlementaires européens le 8 novembre.

Frances Haugen devant les eurodéputés

Frances Haugen devant les eurodéputés. Crédit : Union européenne

Spécialiste des classements algorithmiques, la lanceuse d’alerte accuse son ex-entreprise d’être « nuisible pour les enfants, créer et attiser les clivages, de menacer la démocratie et pire encore ». Malgré la dureté de ses propos, elle reconnaît « qu’il y a des ressources au sein de Facebook qui pourraient être utilisées à bon escient ».

L’un des principaux soucis du géant technologique est son manque de transparence « personne ne comprend les choix de Facebook, à part Facebook lui-même ». Elle dénonce un réseau social « juge, jury, procureur et avocat à la fois ». Frances Haugen témoigne que les effets néfastes de certaines mises à jour de Facebook étaient « involontaires », problème, elles étaient conservées, car sources de clics et donc de profits.

Une prise de position en faveur d’un DSA à « l’application ferme »

L’autorégulation ayant fait preuve de son échec, il est temps selon elle de « se doter de nouvelles lois » pour se protéger de Facebook. Le DSA est source d’espoir selon elle. Actuellement en discussion par les organes législatifs de l’Union européenne, il vise justement à mieux contrôler les discours de haines, les fausses informations et imposer la transparence aux grandes plateformes sur leurs algorithmes.

Frances Haugen a estimé que cette loi pourrait devenir un « étalon or » des législations à mettre en place, à condition qu’elle ait « une approche globale » et soit « forte et son application ferme ». Elle a insisté sur l’importance de ne pas faire d’exceptions susceptibles d’affaiblir la loi.

Aux eurodéputés qui l’interrogeaient, elle a prôné la mise en place d’un système de supervision au niveau européen « Il y a peu de personnes au monde capables de bien comprendre les algorithmes des réseaux sociaux. Je doute qu’un régulateur pour chacun des 27 pays de l’Union européenne soit efficace ». Une position soutenue, par ailleurs, par la France.

L’hexagone sera la prochaine étape de son périple. Frances Haugen doit témoigner devant l’Assemblée nationale et le Sénat ce mercredi 10 novembre. Le lendemain, elle échangera avec le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique, Cédric O.