Le ministère du commerce Wang Wentao a rapporté avoir formulé le 1er novembre une demande officielle d’adhésion de la Chine à l’Accord de partenariat sur l’économie du numérique (DEPA). Il s’agit d’un accord d’un nouveau genre, signé entre la Nouvelle-Zélande et Singapour en juin 2020.

Un accord ouvert à la participation de pays tiers

Cet accord vise à faciliter le commerce numérique grâce à l’interopérabilité des normes entre les pays, à empreintes de nouvelles approches dans les relations commerciales numériques entre les pays, anticiper l’évolution rapide du secteur et les problématiques qui en découlent.

Plusieurs pays se sont montrés intéressés à rejoindre un accord ouvert à de nouvelles candidatures. Le Chili l’a déjà rejoint, le Canada a entamé des discussions exploratoires dans ce but en février 2021. La Corée du Sud est également sur les rangs.

Le ministre du Commerce chinois Wang Wentao a expliqué avoir tout juste lancé le processus par l’envoi formel d’une lettre à Damien O’Connor ministre du Commerce et de la Croissance des exportations de Nouvelle-Zélande et dépositaire du DEPA. Dans son communiqué le ministère est « conforme à l'orientation de la Chine visant à approfondir davantage les réformes intérieures et à élargir l'ouverture de haut niveau sur le monde extérieur ».

Une démarche économique ou diplomatique ?

The Register rapporte que cette demande a été annoncée en personne par Xi Jinping lors de son allocution vidéo au G20 à Rome. Il a déclaré, « La Chine attache une grande importance à la coopération internationale en matière d'économie numérique et a décidé de demander à adhérer à l'Accord de partenariat pour l'économie numérique et est prête à travailler avec toutes les parties pour promouvoir le développement sain et ordonné de l'économie numérique ».

Cette demande a de quoi étonner tant la politique chinoise sur les données intérieures s’est durcie ces dernières années. La loi sur la sécurité des données implique un contrôle strict pour les transferts de données de secteurs clefs, télécommunication, finances, transports, dès lors qu’elles concernent plus de 100 000 personnes. Une situation qui pourrait être rébarbative au moment de l’adhésion.

Depuis septembre, l’Empire du Milieu est également en lice pour intégrer l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique (CPTPP). Également fondé par la Nouvelle-Zélande et Singapour, il s’agit d’un accord commercial plus général auquel se sont ralliés onze pays de la région Pacifique. Ici aussi, la candidature de la Chine a, en l’état actuel des choses, peu de chances d’aboutir. L’interventionnisme économique de l’État chinois est pointé du doigt.

La rivalité Chine États-Unis en sous-texte

L’intérêt commercial pour la Chine de rejoindre ces accords est certain, l’intérêt diplomatique l’est encore davantage. La zone pacifique est devenue depuis plusieurs années une zone de tension extrêmement vive du fait de la concurrence entre la Chine et les États-Unis. La France en a été victime avec le revirement australien sur l’achat des sous-marins. Le pays a préféré privilégier un allié stratégique avec le nouveau contrat Ankus signé avec les Américains.

En juillet, Bloomberg a révélé que des responsables américains préparaient des accords commerciaux numériques pour la région Pacifique, dans le but express d’endiguer l’influence de la Chine dans la région. Donald Trump s’était retiré des négociations du CPTPP en 2017, les États-Unis pourraient revenir dans le jeu commercial en rejoignant ou s’inspirant d’accord comme le DEPA.