Vers un conflit Apple - Visa ? Un possible plan de l’entreprise bancaire visant à réduire les frais versés à Apple Pay interroge. Il prévoit que les émetteurs de cartes ne versent plus rien à Apple lorsque leurs clients paient, par Apple Pay, mais avec une de leurs cartes, des services récurrents comme des abonnements mensuels.

D’après plusieurs sources du Wall Street Journal, Visa compte lancer, en 2022, un changement du système de frais versés par des organismes bancaires à Apple. Actuellement, et depuis le lancement d’Apple Pay en 2014, les banques partenaires paient des frais à l’entreprise américaine, dès lors qu’un titulaire de leurs cartes de crédit utilise l’une de ces dernières via l’application.

Des changements synonymes de pertes pour Apple

Les changements prévus par Visa ont de quoi agacer la marque à la pomme. Le plan prévoit que ces frais ne s’appliqueraient plus aux paiements réguliers et récurrents, à l’image d’un abonnement à un service de streaming comme Netflix par exemple.

Concrètement, lors du lancement du portefeuille et service de paiement d’Apple, Visa et Mastercard ont accepté certaines conditions qu’ils rejettent aujourd’hui. En effet, le géant américain de la technologie pourrait choisir quels émetteurs sont autorisés sur Apple Pay, et donc quelles cartes de crédit de ces émetteurs sont acceptées. Il s’était alors engagé à ne pas lancer de sa carte de crédit, pour ne pas concurrencer les deux entreprises bancaires, d’après des sources évoquées par le Wall Street Journal.

Ainsi, lorsqu’un client met sa carte sur Apple Pay, Visa émet un « jeton », qui remplace le numéro de cette dernière. Elle peut ainsi fonctionner via le service d’Apple et est encore plus sécurisée. Techniquement, le changement que souhaite faire Visa consiste essentiellement à émettre un jeton différent pour les paiements récurrents. Un jeton qui ne serait donc pas soumis aux frais, c’est-à-dire qu’après le premier paiement d’un abonnement, Apple ne percevra plus aucuns frais pour les suivants.

Sans surprise, Apple est opposé à un tel changement. Les banques lui versent 0,15% de chaque achat effectué par un titulaire de l’une de leurs cartes. Ces frais sont la principale source de revenus d’Apple Pay.

Alors qu’Apple s’était engagé à ne pas lancer de carte bancaire pour ne pas faire de concurrence à Visa et Mastercard, une Apple Card a bien été lancée en 2019. Image : Apple.

La rébellion du secteur bancaire

Lors du lancement d’Apple Pay en 2014, un grand nombre de banques ont souhaité travailler avec le portefeuille numérique. Rien d’étonnant, à cette époque, l’entreprise venait de s’imposer facilement sur d’autres marchés comme la musique. Pour beaucoup, ce nouveau service allait forcément être un nouveau succès, et pouvait mettre fin au paiement par carte.

Cependant, l’accord passé entre Visa (et Mastercard) et Apple parait étonnant. Tout d’abord, le numéro un américain du smartphone choisit quelles cartes sont acceptées sur son service. Une première, les entreprises bancaires imposent habituellement l’ensemble de leurs cartes. Ensuite, ces mêmes sociétés paient des frais à Apple, alors qu’elles n’en paient pas à Google pour un service similaire (Google Pay).

Le fait de ne pas accepter toutes les cartes de crédit réduit par là même le nombre d’utilisateurs potentiels pour Apple Pay. Un choix étonnant (et délibéré ?) de la part d’Apple, qui a rapidement vu le nombre de nouveaux utilisateurs ralentir. Apple a ensuite lancé, en 2019, son Apple Card, en collaboration avec le groupe bancaire Goldman Sachs, contrairement aux engagements apparemment pris avec Visa et Mastercard.

Malgré ces conditions désavantageuses, Visa rongeait son frein, du moins, jusqu’à présent. Mais cette carte a sans doute été la goutte de trop. Les tensions entre Apple et le secteur bancaire ne datent pas d’aujourd’hui. Plusieurs grands établissements bancaires auraient déjà tenté de faire baisser les frais versés à Apple Pay en 2017, mais sans succès.

La question se pose de savoir si Apple, et d’autres géants comme Amazon, vont continuer de se développer dans le secteur bancaire et comment, malgré ces tensions. D’autant plus qu’Apple Pay est surveillé de près par l’Union européenne. La firme américaine se passerait donc bien de nouveaux conflits. Rien n’indique officiellement que Visa mettra à coup sûr son plan à exécution. Toutefois, si tel est le cas, d’autres entreprises du secteur risquent de lui emboîter le pas.