Sony et l’entreprise taïwanaise TSMC pourraient s’associer, pour construire une usine de semi-conducteurs, en pleine pénurie. Cet accord se ferait avec le soutien politique et financier du gouvernement nippon, et permettrait au pays comme à Sony de s’assurer un stock de puces.

Depuis de nombreux mois, le monde connaît une pénurie de semi-conducteurs, ces puces essentielles pour le fonctionnement d’un grand nombre d’appareils électroniques. Face à ce phénomène, qui devrait durer jusqu’en 2022, les géants des technologies s'organisent.

Un accord à quatre têtes

Ainsi, Sony et TSMC devraient investir une usine du sud du Japon. Elle serait située dans la région de Kumamoto, sur un terrain appartenant à Sony, à côté d’une de ses usines de capteurs d’images. L’information provient d’un rapport de Nikkei Asia, mais Sony et TSMC refusent de commenter.

TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company), est le plus grand fabricant de puces du monde, et principal fournisseur d’Apple en la matière. Pour Sony, s’associer avec ce géant pour produire des semi-conducteurs est une aubaine. Le montant dédié à la construction de l’usine atteindrait 800 milliards de yens, soit approximativement 7 milliards de dollars, ou 6 milliards d’euros. Toujours selon le rapport, la moitié de ce montant proviendra probablement du gouvernement japonais, mais à une condition.

En échange de sa participation, le Japon souhaite que les puces produites dans l’usine aillent en priorité vers le marché japonais. Une manière pour le pays de s’assurer d’un stock, et d’échapper, un peu, à la pénurie.

Denso, premier fabricant de pièces automobiles du Japon, et membre de Toyota, serait également intéressé par le projet. L’usine produirait ainsi des puces pour des capteurs d’images de caméras, mais aussi des puces pour l’automobile.

Créer une chaîne d’approvisionnement stable

La production devrait démarrer en 2024. Pour les acteurs concernés, les bénéfices seraient nombreux. Pour Sony tout d’abord, ce projet permettrait à l’entreprise nippone de s’assurer d’un stock de semi-conducteurs, et donc de pouvoir continuer de produire et de vendre des appareils. Outre des puces pour des capteurs d’images, il est possible que Sony utilise rapidement cette usine pour d’autres produits, comme les consoles de jeux par exemple.

Pour Denso, et plus globalement Toyota, qui a beaucoup souffert de la pénurie, cela reviendrait à relancer une production de véhicules qui tourne au ralenti actuellement. Le gouvernement japonais pour sa part, voit sûrement dans cette usine le moyen de sauvegarder le marché japonais à l’avenir, dans le cas où une nouvelle pénurie devait survenir. Enfin, il s’agirait de la première incursion de TSMC au Japon, concernant la production de puces. Bien que la fin de la pénurie de semi-conducteurs soit envisagée courant 2022, la production et la demande ne cessent de croître, augmentant par là même le risque d’une nouvelle pénurie.

Les intérêts pour les différents acteurs sont donc aussi bien économiques, que stratégiques, car une telle usine revient à s’assurer une production minimale, et stable, de puces. Un paramètre d’autant plus important que les relations entre la Chine et Taïwan, premier pays producteur de puces, ne cessent de se dégrader. Le président chinois a par ailleurs promis de récupérer Taipei, n’excluant pas l’utilisation de la force. Cette situation géopolitique menace la production de semi-conducteurs et rend instable le marché. TSMC s’est déjà inquiété de cette situation, ainsi que des capacités de fabrication à Taïwan, malgré de récents investissements.