La justice chinoise vient d’abandonner les poursuites pesant à l’encontre d’un ancien employé d’Alibaba, qui était accusé d’agression sexuelle sur l’une de ses collègues. Une affaire qui a fait beaucoup de bruit en interne chez le géant de l’eCommerce, qui connaît en plus des difficultés avec les autorités en Empire du Milieu.

Que s’est-il passé ?

Les faits remontent au 27 juillet dernier. La victime affirme avoir été violée pendant son sommeil par un manager alors qu’elle était en état d’ébriété lors d’un voyage d’affaires dans la ville de Jinan, à des centaines de kilomètres du siège social d’Alibaba qui se trouve à Hangzhou. Elle a par ailleurs accusé ses supérieurs de l’avoir forcée à boire de l’alcool durant leur dîner. Le lendemain, elle s’est réveillée nue dans sa chambre d’hôtel sans aucun souvenir de la nuit, une boîte de préservatifs gisant non loin d’elle. Elle a en outre obtenu des images de vidéosurveillance attestant qu’un homme s’était rendu dans sa chambre à quatre reprises durant la nuit.

Cette histoire a fait grand bruit en Chine et notamment sur Weibo, l’équivalent de Twitter dans le pays, à tel point qu’Alibaba a fini par licencier le manager, et que deux dirigeants de la firme aient décidé de quitter l’entreprise, toujours en lien avec l’affaire. La victime affirme toutefois que sa hiérarchie n’a pas pris en compte ses dires, mais a décidé d’agir une fois que l’affaire ait été connue sur la toile. « Alibaba Group a une politique de tolérance zéro contre l'inconduite sexuelle, et assurer un lieu de travail sûr pour tous nos employés est la priorité absolue d'Alibaba », a déclaré un porte-parole de l’entreprise à la BBC.

La phénomène #MeToo qui a libéré la parole des femmes en Occident n'a pas vraiment touché la Chine. Photographie :
Jamie Street / Unsplash

Un cas de #MeToo qui échoue

De son côté, le manager a admis que des « actes intimes » s’étaient produits lorsque la victime était « en état d’ébriété ». La police, quant à elle, assure que cette dernière a consommé beaucoup d’alcool pendant la nuit du 27 juillet, mais qu’elle n’y a pas été forcée. Elle explique en outre que la victime a accepté que l’homme vienne dans sa chambre… des raisons suffisantes pour que le tribunal déclare que les faits relatés par la victime ne constituent pas un crime.

Le tribunal a par conséquent décidé d’abandonner les poursuites, mais a tout de même donné son accord pour que le coupable passe quinze jours derrière les barreaux, une punition pour son « indécence forcée ».

Si l’affaire a agité les débats sur les réseaux sociaux chinois, c’est parce que les femmes gardent souvent le silence lorsque des faits similaires se produisent dans le pays. Comme le note Yaqiu Wang, chercheuse à Human Rights Watch Chine, il s’agit d’un « autre cas de fureur #MeToo en ligne qui ne parvient pas à se concrétiser en vraie responsabilité dans la vie réelle ».