Pendant que Nvidia est en prise avec les autorités de régulations britanniques et bientôt européennes sur le rachat d’Arm, la filiale chinoise de l’entreprise est en révolte contre sa maison mère.

Arm n’est pas tout à fait propriétaire de sa filiale chinoise

Arm, le champion mondial de la conception de puces, doit gérer une situation plutôt ubuesque en Chine. L’entreprise a été rachetée par SoftBank en 2016 pour 32 milliards de dollars. Le conglomérat japonais a rapidement identifié la Chine comme un marché plus prometteur encore que les États-Unis dans le secteur des semi-conducteurs.

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Pour l’investir, une co-entreprise a été créée, Arm Chine. Pour se conformer aux lois locales, cette filiale qui n'en est pas tout à fait une, a la particularité d’être détenue à 49% par SoftBank et 51% par des investisseurs chinois pour la modique somme de 775 millions de dollars.

C’est ici que les choses commencent à se compliquer. La maison mère d’Arm, au Royaume-Uni, a tenté d’évincer le PDG d’Arm Chine, Allan Wu. Ce dernier s’est rendu coupable selon eux « d'irrégularités et de conflits d'intérêts selon les preuves des lanceurs d’alerte ». Les Britanniques ont appris qu’Allan Wu offrait des ristournes sur les licences de puces Arm contre des investissements dans sa propre société, Alphatecture. Ni une ni deux le PDG a été sanctionné par un vote de son conseil d’administration : par sept voix contre une il a été évincé de son poste.

Allen Wu s’accroche à son poste

Obstiné, Allan Wu a refusé de partir. Des vigiles ont été embauchés pour empêcher des représentants d’Arm d’accéder aux bâtiments de sa filiale chinoise, les mails du siège sont filtrés, les cadres recrutés depuis le Royaume-Uni ont été virés.

Un message contresigné par une dizaine de cadres d’Arm Chine a été diffusé sur une messagerie de l’entreprise insistant sur les contributions du PDG indélicat, « Allen Wu s'est engagé dans tant de collaborations locales, notamment en créant un fonds avec des partenaires locaux, des capitaux étrangers et locaux, ainsi que des gouvernements locaux pour lancer de nombreux capital-risques, des accélérateurs et des incubateurs de startups, ainsi que pour pousser des événements éducatifs sur la conception de puces localement ».

Ce dernier a également porté plainte en Chine contre la décision du conseil d’administration. Le site Extremetech qui rapporte l’information, note malicieusement qu’Allen Wu, la personne, poursuit Allen Wu, en tant que PDG d’Arm Chine.

Arm n’est pas restée les bras croisés. Le siège a suspendu tout transfert de propriété intellectuelle à sa filiale. Le dernier cœur de processeur à laquelle elle a eu accès date de 2019, il s’agit du Cortex-A77.

Les autorités chinoises restent en retrait

Les dirigeants de l’entreprise ont aussi tenté d’interpeller les autorités en appuyant sur un point sensible, la dépendance de la Chine aux technologies étrangères en matière de semi-conducteur. Une situation problématique en pleine période de tension avec les États-Unis qui bloquent les transferts de technologie dans le domaine. Arm a fait savoir à Pékin que la révolution de palais subie était contre-productive pour le développement d’une industrie chinoise de semi-conducteur.

Pour le moment la Chine, qui a des investissements publics dans Arm Chine, n’a pas officiellement réagi à la situation. Ses autorités de régulations sont en train d’étudier l’offre de rachat de l’entreprise par Nvidia, une procédure dans laquelle Allen Wu pourrait interférer pour mettre des bâtons dans les roues d’Arm.