Les fonctionnaires de l’Autorité de régulation des marchés financiers chinois (CSRC) n’ont pas chaumé durant l’été. Plusieurs entreprises chinoises et investisseurs ont eu le plaisir de l’une de leurs visites pour évoquer de nouvelles règles à venir en Chine. Les entreprises technologiques chinoises brassant un grand nombre de données sur leurs utilisateurs pourraient, à l’avenir, ne plus être autorisées à s’introduire en bourse aux États-Unis.

Le CRSC reste dans le flou

Les nouvelles règles n’ont pas été officialisées, ses contours restent flous. Les secteurs impactés seraient ceux d’Internet, de la télécommunication, de l’éducation, considérés comme particulièrement sensibles pour la sécurité nationale chinoise. La Commission chinoise de réglementation des valeurs mobilières a précisé que des entreprises disposant de données moins sensibles, comme l’industrie pharmaceutique, seraient épargnées.

Un comité interministériel doit être mis en place dans les mois à venir pour approuver ou non une introduction en bouse aux États-Unis. Des membres de la CRSC, de l’Administration du cyberespace (CAC) et de différents ministères en feront partie. Les régulateurs ont demandé aux entreprises contactées de ne pas procéder à une introduction en Bourse d’ici là.

Les introductions en Bourse déjà dans le collimateur en juillet

La nouvelle ne surprend qu’à moitié, tant de nombreux indices laissaient présager cette direction prise par Pékin. En particulier suite à l’introduction en Bourse à New York de Didi Chuxing, fin juin. Le 10 juillet, l’administration chinoise du cyberespace (CAC) a imposé un examen de sécurité à toute entreprise disposant de données de plus d’un million d’utilisateurs souhaitant s’introduire en bourse à l’étranger.

Fin juillet, c’est le secteur de l’éducation privée qui se retrouve dans le collimateur de Pékin. Les entreprises de soutiens scolaires ont été prévenues qu’il pourrait être contraint de s’enregistrer en tant qu’associations à but non lucratif.

Le système des VIE dans le collimateur

Les géants du numérique chinois ont pris l’habitude depuis deux décennies de s’introduire en bourse à Hong Kong ou New York via des « entités à intérêt variable » (VIE). Une pirouette utilisée afin que les investisseurs ne détiennent pas directement le capital de l’entreprise. Cela permet de ne pas se soumettre à l’approbation du CSRC.

Alibaba, Tencent ou Didi sont passées via cette méthode. Le Wall Street Journal précise que les sociétés se soumettaient tout de même aux contrôles en cas de demande express de Pékin.

Ce système a été critiqué durant l’été par la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur boursier américain. Il a exigé aux entreprises chinoises plus de transparence sur le VIE et des informations supplémentaires ont été demandées lors d’une introduction en Bourse. Une décision mal perçue par la CSRC, qui y a vu une manœuvre maladroite.

Pour le moment difficile de savoir si les entreprises chinoises déjà cotées aux États-Unis via une VIE, seront affectées par les nouvelles règles de la CSRC. Baidu, le moteur de recherche le plus utilisé en Chine, cotée à New York, a déjà une cotation secondaire à Hong Kong, une protection face à la montée des tensions entre la Chine et les États-Unis. Le CSRC doit publier les nouvelles règles au quatrième semestre 2021, la situation sera plus claire une fois que cela sera fait.