Non, la guerre des États-Unis contre Huawei n’est pas terminée, oui le géant chinois est toujours sur la liste noire américaine, mais le commerce c’est le commerce. L’administration américaine a approuvé des licences pour la vente de puces automobile à Huawei durant l’été 2021 pour un montant estimé à des centaines de millions de dollars.

La réorientation professionnelle du moment

La politique de sanction de l’administration Trump, poursuivie par l’administration Biden, contre Huawei, au grand dam de son PDG, a produit ses effets. L’entreprise a enregistré la plus forte baisse de revenus de son histoire au premier semestre 2021. Elle a été contrainte de se débarrasser progressivement de son secteur porteur, les smartphones. Sa filiale Honor a pris son indépendance, ses gammes P et Mate suivent la même voie.

Pour survivre au courroux de l’Oncle Sam, Huawei a réorienté ses activités vers d’autres, moins susceptibles de tomber sous le coup d'une interdiction commerciale : finance, cloud, logiciel, et donc voiture intelligente.

Éric Xu, président tournant de Huawei, a annoncé en avril 2021 un investissement d’un milliard de dollars dans le secteur. Des pactes ont déjà été passés avec trois constructeurs automobiles chinois, propriété de l’État.

L’avantage de ce secteur pour Huawei ce sont ses puces, pour équiper les écrans et capteurs des véhicules. Elles ne sont pas considérées comme très sophistiquées et donc idéales pour convaincre l’administration américaine d’accorder quelques licences commerciales.

Deux chaises grises devant un panneau Huawei dans les locaux de l'entreprise.

Le géant chinois s'intéresse de plus en plus au marché du cloud afin de diversifier ses activités suite aux sanctions américaines qui ont plombé son chiffre d'affaires.

L’opposition républicaine outrée

La nouvelle a fait frémir plus d’un sénateur républicain à Washington. Tom Cotton, connu pour ses positions anti-Huawei, a déclaré à Reuters, « Il est inacceptable que l'administration Biden relâche la campagne de pression contre les entreprises d'espionnage chinoises comme Huawei ». Même son de cloche du côté de Marco Rubio qui en a profité pour brocarder le président démocrate, « un nouvel exemple de l'échec du président Biden à protéger la sécurité économique et nationale de l’Amérique ».

Un porte-parole du ministère du Commerce a assuré que la politique d’octroi de licence a toujours pour but de « restreindre l'accès de Huawei aux marchandises, aux logiciels ou aux technologies pour des activités qui pourraient nuire aux intérêts de la sécurité nationale et de la politique étrangère des États-Unis ». Sous-entendues : les semi-conducteurs pour l'automobile ne rentrent pas dans ces catégories.

Huawei a soif de puces

L’administration Biden a bénéficié d’un coup de puces plutôt inattendu, en la personne de Cordell Hull, haut fonctionnaire du ministère du Commerce sous Donald Trump et acteur de la politique américaine sur les exportations vers la Chine. Il a estimé auprès de Reuters, « En soi, je ne vois pas un énorme risque [pour la sécurité nationale] ».

Huawei, de son côté, a simplement répété sa nouvelle orientation sans plus de commentaires, « Nous nous positionnons comme un nouveau fournisseur de composants pour les véhicules connectés intelligents ». L’entreprise chinoise, fidèle à son histoire, serait déjà très ambitieuse pour conquérir ce nouveau marché. Les sources de Reuters rapportent qu’elle serait en discussion avec ses fournisseurs pour une nouvelle demande de licences, elles sont valables en général quatre ans, cette fois pour un à deux milliards de dollars.