L’autorité de la concurrence des marchés britannique (CMA) devait rendre, fin juillet, une évaluation de l’acquisition de l’entreprise Arm, basée à Cambridge, par le concepteur de puces Nvidia. Selon les informations de Bloomberg, le gouvernement britannique envisagerait sérieusement de bloquer l’opération pour des raisons de sécurité nationale.

Les concurrents de Nvidia redoutent la fusion

Nvidia a annoncé en septembre 2020 un accord de 40 milliards de dollars avec SoftBank, pour le rachat d’Arm. Le groupe japonais a acquis l’entreprise de puces en 2016 pour 32 milliards de dollars. Il souhaite vendre ses actifs pour lever des fonds et réaliser de nouveaux investissements.

L’opération a inquiété un secteur récemment mis sur le devant de la scène par la pénurie de puces. Arm n'en fabrique pas elle-même, mais vend des plans et des licences pour l’utilisation de ses normes à des tiers. Arm est parvenu à cultiver une position de neutralité en vendant ses produits à une grande variété d’entreprises, souvent concurrentes.

Ce n’est pas le cas de Nvidia, plus grande entreprise américaine du secteur des puces en termes de capitalisation boursière, rivale de Qualcomm, Intel, ou Advanced Micro Devices. Nvidia s’est engagé à respecter l’indépendance d’Arm, mais c'est insuffisant pour ses concurrents. Ils ont même proposé d’investir dans l’entreprise britannique pour éviter qu'Arm passe dans les mains seules de Nvidia.

La sécurité nationale, l’étrange crainte du gouvernement britannique

L’opération a également attiré l’attention de plusieurs régulateurs au-delà des rivages britanniques. L’Union européenne, les États-Unis et la Chine ont lancé, chacun de leurs côtés, des examens pour s’assurer que l’accord entre SoftBank et Nvidia n’était pas anticoncurrentiel.

Au Royaume-Uni c’est le ministre de la Culture, Oliver Dowden, qui a demandé une enquête à la CMA en avril. Étonnamment, l'autorité n'a pas relevé de problématiques sur la concurrence, mais pour la sécurité nationale du pays.

Arm, détenu par un groupe japonais, passerait pourtant entre les mains d’un groupe américain, pays historiquement ami des Britanniques. En parallèle, le gouvernement semblait enclin à accepter le rachat du plus grand fabricant de puces du pays, Newport Wafer Fab, par un groupe chinois, malgré les tensions existantes. Une enquête a été ouverte sur cette opération depuis.

Arm dans l’expectative

Ni le CMA ni le gouvernement de Boris Johnson n’ont souhaité commenter les informations de Bloomberg. De son côté le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a récemment affiché sa confiance. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré par le biais d’un communiqué, « Nous continuons à travailler sur le processus réglementaire avec le gouvernement britannique ». Il ajoute, « Nous sommes impatients de répondre à leurs questions et nous espérons résoudre tous les problèmes qu'ils peuvent avoir ».

SoftBank pourrait, si l’opération était bloquée, poursuivre l’introduction en Bourse d’Arm. Dans une situation de spectateur, le PDG d’Arm, Simon Segars, n’a pas fait mystère de son scénario favori via un billet de blog, « L'association d'Arm et de NVIDIA est un meilleur résultat qu'une introduction en Bourse ».

Selon les sources de Bloomberg, aucune décision définitive n’a été prise par le gouvernement, un examen plus approfondi pourrait être demandé. La fusion pourrait finir par être acceptée sous certaines conditions.