Soitec, l’entreprise française spécialisée dans la conception et la fabrication de semi-conducteurs, vient d’annoncer rejoindre l’alliance européenne dédiée à la production de puces électroniques. Objectif : faire passer la production de puces électroniques européennes dans le monde de 10% actuellement à 20% en moins de dix ans.

Le numéro 2 français du secteur derrière STMicroelectronics a annoncé hier rejoindre "l’alliance européenne pour les processeurs industriels et les technologies des semi-conducteurs", censée relancer la production de puces électroniques sur le vieux continent. Elle rejoint ainsi le CEA-Leti, le hollandais ASML ainsi que le laboratoire belge Imec. "C'est un moment important, charnière au niveau de l'Europe. Le semi-conducteur est stratégique parce que c'est celui qui va transformer notre vie dans les dix ou vingt prochaines années", a déclaré Paul Boudre, l’actuel PDG de Soitec au micro de BFM Business.

Alors que le monde entier doit faire face à une pénurie de semi-conducteurs et que certaines industries comme l'automobile sont au ralenti, les usines des géants TSMC, Intel et Samsung tournent à plein régime. Seuls 10% des semi-conducteurs sont produits en Europe alors que le marché est amené à doubler d’ici 2030. l’Europe est donc fortement dépendant des étrangers pour ses propres besoins d’où l’intérêt d’une alliance forte lui permettant de retrouver sa souveraineté.

Pour y parvenir, un plan d’investissements publics de 20 à 30 milliards d’euros au minimum permettra de garantir la maîtrise technologique du continent, continuer à innover, et assurer ses propres capacités d’approvisionnement alors que la pénurie actuelle de puces électroniques menace la reprise économique. À la manœuvre de ce projet d'alliance industrielle, les commissaires européens Thierry Breton et Margrethe Vestager multiplient d'ailleurs les consultations et les prises de paroles ces derniers jours.

"Pour nous, dans les dix ans qui viennent, l'objectif c'est 20 % la fabrication mondiale. C'est largement suffisant pour nos besoins. Aux USA, c'est 30 %, donc notre ambition commune dans les 10 ans qui viennent est de monter à nous deux à 50 %", a expliqué le commissaire Thierry Breton lors d’un déplacement dans les locaux de Soitec. "L'ambition, c'est de faire en sorte que l'Europe soit l'un des endroits de la planète où l'on puisse fabriquer les semi-conducteurs les plus puissants et les plus performants. L'important pour nous, c'est d'avoir la fabrication ici, en Europe, chez nous, pour assurer la sécurité d'approvisionnement".

Un autre objectif de l'Union européenne est de rattraper son retard en termes de miniaturisation. Les européens gravent au mieux en 22 nanomètres quand l'américain Intel est en 7 nanomètres et que le taïwanais TSMC s’apprête à graver en 3 nanomètres. Il faudra donc aller très vite si l’Europe souhaite concurrencer le marché asiatique qui a pris une énorme avance ces dernières années et continue à investir massivement dans la production de semi-conducteurs. C’est par exemple le cas de TSMC qui a prévu d’investir 85 milliards d’euros sur les 3 prochaines années.