Il y a quelques semaines, après de nombreuses enquêtes antitrust sur les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), les législateurs américains de la Chambre des Représentants ont présenté cinq grands projets de loi. Ces derniers, qui visent à offrir une nouvelle législation antitrust, pourraient avoir un impact significatif sur les activités des quatre entreprises. Elles n’ont pas tardé à contre-attaquer pour tenter d’empêcher ces projets de loi de voir le jour.

Les GAFA font appel à des lobbyistes

Les membres de la Chambre des Représentants s’accordent à dire que les pratiques anti-concurrentielles des GAFA sont nocives pour leurs concurrents, et ainsi pour les consommateurs américains. Les projets de loi, s’ils sont adoptés, apporteraient plusieurs changements. Parmi eux, des budgets supplémentaires pour les commissions antitrust, mais aussi la limitation des géants du web dans l’achat d’entreprises concurrentes.

Or, les GAFA n’ont pas dit leur dernier mot. Plusieurs dirigeants, lobbyistes et groupes de défense font pression sur le Capitole pour souligner les conséquences désastreuses que cela aurait sur l’industrie technologique, ainsi que pour les États-Unis. Tim Cook a contacté certains membres du Congrès pour les en avertir, en indiquant que ces “projets de loi antitrust ont été précipités".

Un des lobbyistes d’Amazon, Brian Huseman, a averti dans un communiqué que la législation “aurait des effets négatifs importants sur les centaines de milliers de petites et moyennes entreprises américaines qui vendent sur notre plateforme et des dizaines de millions de consommateurs qui achètent des produits sur Amazon”. Mark Isakowitz, principal lobbyiste de Google, a un peu plus enfoncé le clou. “Les consommateurs américains et les petites entreprises seraient choqués de voir à quel point ces projets de loi supprimeraient bon nombre de leurs services préférés".

Christopher Sgro, porte-parole de Facebook, y a aussi été de son commentaire, en déclarant que ces lois antitrust “devraient promouvoir la concurrence et protéger les consommateurs, et non punir les entreprises américaines prospères”. Par ailleurs, treize organisations à but non lucratif qui ont reçu un financement de la part des GAFA ont écrit une lettre aux législateurs en dénonçant deux des projets de loi.

“D'une manière que je n'ai jamais vue auparavant, ils se battent bec et ongles”, a déclaré Gigi Sohn, membre de l'Institute for Technology Law and Policy de l'Université de Georgetown. "Ils considèrent ces projets de loi comme existentiels pour eux parce qu'ils s'attaquent à leurs modèles commerciaux".

Les GAFA profitent des divergences au sein des partis politiques

Ces projets de loi antitrust révèlent certaines dissensions au sein des partis politiques, notamment des Républicains. Tucker Carlson, animateur de télévision conservateur insiste, lui, sur le démantèlement des GAFA. De l’autre côté, les politiciens républicains Jim Jordan et Mark Meadows revendiquent que cela donnerait à l’administration démocrate de Joe Biden plus de contrôle sur les géants de la Tech. “Les démocrates transforment la colère légitime des républicains contre les abus de la Big Tech en armes afin que les Républicains soutiennent, eux aussi, ces lois”, ont-ils écrit dans une tribune. “Mais les Républicains devraient lire les petits caractères”.

Si la majorité des Démocrates soutiennent cette législation, ce n’est pas le cas de tous. Les multiples efforts de lobbying des GAFA pourraient avoir atteint leur but. Ils insistent auprès du parti démocrate de Californie, dont fait partie Zoe Lofgren, membre de longue date du Congrès. Cette dernière redoute que certains des projets de loi n’exposent les géants de la tech à des poursuites inutiles et, compromettent, ainsi, le moteur de l’économie de l’État de la côte ouest. Pour régler cela, elle envisagerait de proposer des amendements, dont elle n’a pas dévoilé le contenu.

Ainsi, il reste à voir si les contre-attaques des GAFA leur permettront d’éviter la législation antitrust. La représentante Pramila Jayapal, démocrate élue à Washington et co-signataire des projets de loi, a déclaré que le lobbying "fait valoir qu'ils ont beaucoup trop de pouvoir en termes de monopole et en termes d'argent et de politique".