Selon plusieurs groupes de militants pour les droits de l'Homme, les nouvelles règles de l'Union européenne en matière de reconnaissance faciale peuvent être dangereuses. Politico rapporte que la Commission européenne a tenté de trouver un compromis entre la protection de la vie privée des citoyens et la satisfaction des gouvernements qui disent avoir besoin de cette technologie pour lutter contre le terrorisme et la criminalité.

Une nouvelle ère de surveillance biométrique

Dans le règlement voté, la Commission européenne a décidé d'autoriser l'utilisation de la reconnaissance faciale, de manière limitée. Un compromis pour tenter de satisfaire tout le monde, seulement ce n'est pas suffisant pour les militants des droits de l'Homme. En effet, les opposants à ces règles mettent en garde contre le risque de voir apparaître une ère de surveillance biométrique. Dans une lettre publique, 170 signataires de 55 pays affirment que l'utilisation de technologies comme la reconnaissance faciale dans les lieux publics va à l'encontre des droits de l'Homme et des libertés civiles.

Selon Anushka Jain, co-signataire de la lettre et membre de l'Internet Freedom Foundation, un groupe indien de défense des droits numériques : "la première étape consiste à faire comprendre aux citoyens que la protection de la vie privée est importante et leur expliquer ce qui se passera si leur vie privée n'est pas respectée. C'est dangereux pour les personnes qui appartiennent à des communautés opprimées, comme on peut le voir en Chine avec les ouÏghours". La réalité est que l'utilisation de la technologie de reconnaissance faciale se généralise.

Il y a l'utilisation simple et quotidienne de cette technologie comme le déverrouillage des téléphones, mais la reconnaissance faciale est aussi de plus en plus utilisée par les gouvernements et les entreprises pour de la surveillance biométrique. En février 2019, les forces de l'ordre de Nice ont réalisé des tests à l'occasion du carnaval. Cette expérimentation devait permettre d'atteindre trois objectifs principaux : l’amélioration des contrôles d’accès, la détection d’une personne "d’intérêt" au milieu d’une foule et la capacité à en retrouver une au moment du passage aux portiques de sécurité.

Une réglementation volontairement floue autour de la reconnaissance faciale ?

Dans les règles publiées par la Commission européenne, figure une interdiction d'utiliser les systèmes d'identification biométrique dans les lieux publics à l'usage de la police, sauf en cas de "crimes graves". Parmi les "crimes graves", on retrouve évidemment des cas liés au terrorisme. Selon les militants pour la protection de la vie privée, ce terme est trop vague et pourrait justement permettre d'ouvrir la porte à une surveillance biométrique de masse. La reconnaissance faciale pourrait permettre aux autorités d'avoir une visibilité précise sur les activités des citoyens et des abus pourraient avoir lieu.

La lettre demande au Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme de condamner l'utilisation de la reconnaissance faciale à des fins de surveillance. On peut lire que : "si les Nations unies déclarent demain que la reconnaissance faciale est mauvaise, nous aurons gagné". Les militants comptent également faire pression sur les investisseurs et les géants de la technologie pour qu'ils cessent de financer et de développer des technologies de reconnaissance faciale à des fins de surveillance biométrique.