Encore à l'heure actuelle, les plus importantes personnalités politiques bénéficient d'un certain traitement de faveur de la part de Facebook, et notamment en matière de désinformation. Une situation qui serait néanmoins sur le point de changer. En effet, d'après les informations récoltées par nos confrères de The Verge, le réseau social de Mark Zuckerberg aurait enfin décidé de mettre fin à ces passe-droits suite aux remontrances de son conseil de surveillance.

La prise du capitole a signé le point de non-retour

C'est un sujet particulièrement controversé pour Facebook. Alors que les utilisateurs lambdas se font pénaliser lorsqu'ils enfreignent les règles de la plateforme, certaines personnalités politiques, elles, semblent avoir le droit à toutes les fantaisies sans avoir à souffrir d'une quelconque forme de sanction. Un positionnement qui est évidemment décrié depuis de nombreuses années.

En 2019, par exemple, un groupe d'employés de la firme demandait déjà à ce que la liste des comptes politiques exempts des processus de vérification des faits et de modération de contenus soit dissolue, sans succès. La même année, le vice-président des affaires mondiales de Facebook, Nick Clegg, avait clarifié publiquement ce choix de politique en déclarant : "Nous traiterons les discours des politiciens comme des contenus dignes d'intérêt qui devraient, en règle générale, être vus et entendus". En d'autres termes, au-delà des publications expressément illégales, telles que la pornographie enfantine, les posts des politiciens ne pouvaient être modérés que s'ils contribuaient, de manière crédible, à encourager des violences physiques ou à décourager le vote.

Un positionnement également assumé par Mark Zuckerberg qui a longtemps justifié ce refus de modérer les publications des politiques par le refus de devenir un "arbitre de la vérité en ligne". Le PDG de Facebook serait néanmoins sur le point de revoir sa copie. C'est l'une des conséquences indirectes de la prise du Capitole.

Souvenez-vous. Le 6 janvier 2021, des centaines de partisans de Donald Trump se sont introduits de force dans cet emblème sacré de la démocratie américaine, entraînant ainsi la mort de cinq personnes, dont celle d'un policier. Une situation critique, née en grande partie de la politique de désinformation diffusée par l'ancien président américain sur les réseaux sociaux. Pour ne pas aggraver la situation, Facebook avait alors décidé de suspendre le compte de Donald Trump.

Une décision qui a largement divisé l'opinion publique ; certains estimaient que cette suspension aurait dû arriver plus tôt, quand les autres affirmaient que la suspension de l'ancien président américain mettait en danger la démocratie et la liberté d'expression. C'est finalement le Conseil de surveillance de Facebook, organisme indépendant comparable à une cour d'appel de la modération, qui a tranché.

La fin de l'impunité pour les politiques sur Facebook

Les 40 membres qui composent le jury ont reconnu l'urgence de l'intervention sur le moment. Ils laissent désormais le réseau social décider si oui ou non, Donald Trump pourra récupérer son compte. Mais plus encore, ils ont alerté Facebook sur l'urgence d'appliquer "les mêmes règles (...) à tous les utilisateurs" de la plateforme et de "clarifier" les règles du réseau social qui sont, pour l'heure, appliquées de façon "arbitraire".

Ces remontrances, le réseau social serait enfin prêt à les écouter. En effet, d'après les informations de The Verge, Mark Zuckerberg devrait annoncer dès ce vendredi 4 juin 2021 la fin de l'impunité pour les personnalités politiques sur son réseau social. La fameuse liste de personnalités publiques dont nous vous parlions plus tôt, et dont le président vénézuélien ne faisait visiblement pas partie, devrait ainsi être de l'histoire ancienne.

Évidemment, ce revirement de situation devrait avoir des répercussions mondiales et à long terme sur la façon dont les élus politiques utilisent le réseau social. Il devrait également relancer le débat sur la liberté d'expression et le rôle que tiennent les plateformes sociales dans les campagnes électorales, et plus largement dans la communication des politiques. Si ces questions sont complexes, les réponses qui y seront apportées dans les semaines à venir devraient l'être tout autant.