Deux célèbres « comiques » russes, Vladimir Kuznetsov et Alexei Stolyarov, ont été accusés par des politiciens européens fin avril de s’être fait passer pour Leonid Volkov, chef de cabinet d’Alexeï Navalny, principal opposant à Vladimir Poutine, grâce à un Deepfake. S’ils reconnaissent ce qu’ils qualifient de canular, ils expliquent s’être simplement maquillés.

Le deepfake, coupable idéal ?

Les deepfakes, cette technologie basée sur l’intelligence artificielle pour se faire passer pour quelqu’un d’autre fait peur. Certains craignent qu’elles soient utilisées pour diffuser des fakes news, faire dire n’importe quoi à un politicien de son choix. Une arme de déstabilisation massive particulièrement redoutée.

Dans un communiqué commun publié le 23 avril des élus des parlements estonien, lituanien et letton ont rapporté avoir été victimes d’un deepfake. Ils rapportent avoir eu une réunion, réunissant également un élu britannique, avec un homme se présentant comme Leonid Volkov. Des élus ukrainiens et néerlandais ont également été trompés.

L’affaire a fait réagir, Siècle Digital y compris et jusqu’à Leonid Volkov lui-même. Pourtant le deepfake en question n’en était peut-être pas un. The Verge a pu joindre les deux personnes qui revendiquent un « canular ». Il s’agit de Vladimir Kuznetsov et Alexei Stolyarov, plus connu en Russie sous leurs pseudonymes Vovan et Lexus.

Les deux hommes ont rapporté à nos confrères que Stolyarov avait simplement joué avec l’angle de caméra et s’être grimé pour ressembler au militant réfugié en Lettonie, « J'avais juste quelques pinceaux et quelques couleurs et c'était suffisant » ont-ils expliqué. Une opération facile estiment-ils : Leonid Volkov n’est pas très connu par les élus européens, un peu de démarchage téléphonique, quelques fausses adresses mail avec de vraies photos de Volkov et les voilà invités à une réunion Zoom et même en direct à la télévision lettone.

Un canular peut-être moins innocent qu'il n'y paraît

Une blague d’autant plus facile pour les deux compères qu’ils sont des habitués du fait. Depuis la formation de leur duo en 2014, ils sont parvenus à tromper par diverses techniques Justin Trudeau, Bernie Sanders, Boris Johnson et même un certain Emmanuel Macron en 2019. Vovan et Lexus s’étaient fait passer pour Volodymyr Zelensky, nouveau président ukrainien qu’Emmanuel Macron félicitait pour sa victoire au téléphone.

Ils ont expliqué à The Verge que « Notre travail consiste à faire des farces aux hauts fonctionnaires et aux célébrités, à s'amuser beaucoup et à les publier sur les médias sociaux ». Ce ne serait cependant pas leur seul objectif. Les deux hommes sont soupçonnés d’être téléguidés par le Kremlin, notamment par Leonid Volkov.

Le duo, qui a eu une émission sur la télévision d’état russe, nie ces accusations, mais admet, dans une interview de 2016 accordée à Libération, la teinte patriotique de leurs gags, « Nous ne ferions pas de farce à Poutine. Nous ne voulons pas nuire à notre pays. Nous ne voulons pas de troubles ici ; nous ne voulons rien faire qui puisse aider les ennemis de la Russie ». Si l’accusation de deepfake apparaît infondée, l’opération de déstabilisation est là, même si non commanditée par le Kremlin.