Si la croissance de la part d’auto-entrepreneurs parmi les travailleurs indépendants est aujourd’hui devenue un véritable marronnier médiatique, on s’interroge assez rarement sur les changements que cela implique pour les entreprises qui les emploient. Pourtant, s’adresser à des freelances constitue bien souvent, pour les PME, une stratégie de croissance importante face à l’hégémonie des grandes entreprises.

La possibilité de devenir autoentrepreneur apparaît en France le 4 août 2008, dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie (LME). Au cœur de cette réforme, une volonté d’augmenter la compétitivité des entreprises, et en particulier des entreprises de taille modérée, à l’internationale.

Les PME, qui englobent, en simplifiant un peu, toutes les entreprises réunissant moins de 250 personnes et agrégeant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros, peinent en effet à atteindre une taille critique leur permettant d’être compétitives face à leurs concurrents américains, européens ou asiatiques.

Avec la LME, le Parlement espérait pallier ces problèmes, non seulement en déployant une batterie de mesures, en particulier comptables, à destination des TPE et PME, mais aussi en facilitant la création d’entreprise à échelle individuelle — l’auto-entreprise.

Se pose alors la question de savoir quelles ont été les répercussions de la création du régime de l’auto-entreprise sur la santé économique des PME. A-t-elle, comme promis, fait augmenter la compétitivité de ces dernières en fluidifiant le marché et en augmentant la concurrence, au niveau macro-économique ? Ou a-t-elle institué une forme de concurrence déloyale, comme certains le craignaient il y a dix ans ?

L’auto-entreprise, une mini-PME ?

L’institution de l’auto-entreprise, en 2008, a provoqué une levée de boucliers, en particulier de la part des petites entreprises, en raison du faible niveau d’imposition de ce nouveau régime. L’un des buts affichés par la LME, était en effet de diminuer le nombre d’obstacles à la création d’entreprise. Et c’est précisément la promesse l’auto-entreprise : devenir travailleur indépendant très facilement, grâce à un système simplifié de déclaration sociale et fiscale.

Pour encourager encore plus l’esprit d’entreprise, dont les commentateurs sont souvent prompts à déplorer la faiblesse dans un pays comme la France, le législateur a aussi mis en place un système d’aides basé sur des réductions d’impôts durant les trois premières années, ainsi qu’une dispense de TVA.

Et la stratégie s’est révélée payante : selon l’Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale), on serait ainsi passé de 26 % de micro-entrepreneurs parmi les travailleurs non-salariés en 2011, à 42 % en 2018.

Peut-on pour autant dire que la LME a créé, sui generis, une armée de nouveaux concurrents, disposants d’un régime fiscal hyperavantageux et prêts à se lancer à l’assaut des parts de marché ?
Si l’on se réfère aux premières observations concernant le profil des auto-entrepreneurs, ou freelances, la réponse semble être négative.

En effet, l’auto-entrepreneur, en France, ressemble beaucoup plus à un salarié flexible qu’à un petit entrepreneur. Contrairement à celui-ci, le freelance se distingue en effet par une force de travail, souvent fonction de son expérience, de sa formation et de ses compétences professionnelles.

À l’inverse, l’entrepreneur, tel qu’il est défini par l’école autrichienne au début du XXe siècle, se caractérise avant tout par sa capacité à saisir une opportunité au sein d’un environnement économique imprévisible : en d’autres termes, ce qui fait l’entrepreneur, c’est le risque.

Assez loin, donc, de l’entrepreneur individuel souvent loué par le législateur, on se retrouve donc plutôt dans des situations de self-employment. Et quand ils sont interrogés, la plupart des freelances mettent surtout en avant l’indépendance ou l’intérêt professionnel comme principales motivations à leur choix de régime.

Enfin, il faut noter que la nature même de ce régime limite largement les possibilités d’accumulation financières. Non seulement les auto-entrepreneurs sont-ils soumis à des seuils de revenus annuels, mais ils ne peuvent pas embaucher, et leur plafond de chiffre d’affaires limite considérablement la possibilité de sous-traitance.

C’est pourquoi on a plutôt affaire à une nouvelle forme de travail, qui obtient un succès considérable dans le domaine de la prestation intellectuelle — qui répond au désir d’indépendance et de flexibilité des freelances — et non à une nouvelle forme d’entreprise à part entière.

Les freelances : une carte à jouer pour les PME

Si, donc, les freelances sont rarement amenés à faire augmenter la compétitivité des PME en leur faisant concurrence, on est en droit de se demander s’ils peuvent devenir des outils de croissance au service des celles-ci.

Bien que le sujet soit aujourd’hui assez peu traité, il semble qu’il y ait là une piste de réflexion féconde pour les PME.

Dans une conjoncture économique marquée à la fois par la crise de 2008 et par l’augmentation globale du libre-échange, les entreprises évoluent aujourd’hui dans un environnement incertain. Plus que le coût du travail, c’est d’ailleurs le manque de visibilité à long terme, résultant souvent des retards de paiement, que mettent en avant les patrons de petites et moyennes entreprises.

Or, dans un environnement économique incertain, les entreprises ont besoin de flexibilité et de décentralisation. C’est le principe de contingence, théorisé en 1967 par Lawrence et Lorsch.
Et si toutes les PME ne se réfèrent pas forcément à la sociologie des organisations, leurs directeurs sont bien souvent arrivés, empiriquement, aux mêmes déductions.

On observe ainsi une forte tendance à l’externalisation chez les petites et moyennes entreprises, qui voient dans le recours au freelance un outil de compétitivité efficace face à la force de frappe des grandes entreprises.

C’est particulièrement flagrant dans le milieu de la tech, où les multinationales rivalisent de moyens pour séduire les profils les plus qualifiés. Face à ces capacités d’appel, les PME peuvent mettre en avant une réactivité et une capacité d’innovation et d’intégration au processus créatif qui s’aligne avec les valeurs de nombre d’auto-entrepreneurs.

Ces entreprises ont ainsi de plus en plus tendance à intégrer les freelances en leur sein, en leur faisant participer au réunions par exemple. Les auto-entrepreneurs s’y retrouvent, car ils ont la possibilité de faire advenir, en tant qu’expert, un véritable changement dans ces structures, au lieu d’être considérés comme de simples exécutants.

On ne fait donc pas appel aux freelances uniquement pour éponger un surplus d’activité à court terme. Ils sont de plus en plus intégrés aux logiques d’augmentation de la courbe de croissance à long terme, et sont donc devenus un véritable enjeu de compétitivité pour les PME.

Bien sûr, il y a des limites à ces évolutions. La principale, c’est la pénurie de talents qui touche des pays comme la France. Comme l’expliquait Joël Bentolila, CTO et cofondateur de Talentsoft, dans une interview donnée sur notre média en ligne, Freelance Talks, c’est une tendance lourde, mais ralentie par la difficulté de trouver les bons profils. La solution est parfois d’aller chercher les talents à l’étranger, grâce par exemple au Visa FrenchTech, qui offre des possibilités de recrutement hors Union européenne.

C’est donc à FreelanceRepublik, en tant que plateforme de sélection d’experts freelances, de combler cette pénurie de talents en facilitant la mise en relations entre profils spécialisés et acheteurs de prestations intellectuelles.