Le rachat d’ARM par Nvidia pour la somme de 40 milliards de dollars est vu d’un très mauvais œil par les régulateurs. À tel point que le gouvernement britannique vient de lancer une enquête à son sujet en invoquant des inquiétudes pour la sécurité nationale du pays.

Craintes pour la sécurité nationale du Royaume-Uni

Oliver Dowden, Secrétaire d'État au Numérique, à la Culture, aux Médias et aux Sports, déclare : « Après un examen minutieux du projet de rachat d'ARM, j'ai émis aujourd'hui un avis d'intervention pour des raisons de sécurité nationale. Comme prochaine étape et pour m'aider à rassembler les informations pertinentes, l'autorité indépendante de la concurrence du Royaume-Uni va maintenant préparer un rapport sur les implications de la transaction, qui contribuera à éclairer toute décision ultérieure ».

Ainsi, l’agence gouvernementale en charge de la compétitivité, la Competition and Markets Authority va réaliser un rapport concernant les risques liés à la sécurité et à l’anticompétitivité de l’acquisition qu’elle devra rendre avant le 30 juillet. Oliver Dowden pourra alors décider de l’accepter, d’y ajouter certaines conditions ou même d’ordonner une enquête plus approfondie.

ARM est un pilier de l’industrie

Aujourd’hui détenue par SoftBank, ARM est une entreprise qui détient un rôle fondamental dans l’industrie de la tech. En conséquence, son rachat par Nvidia inquiète d’autres gouvernements : l’Union européenne et les États-Unis gardent un œil sur la transaction, tandis que la Chine a décidé de la bloquer. S’il a lieu, ce rachat signifierait en effet que les trois plus gros concepteurs de puces sont situés aux États-Unis.

Beaucoup craignent par ailleurs que le modèle économique d’ARM ne soit bouleversé par Nvidia. La firme britannique est connue pour être neutre et établir des partenariats dans le monde entier ; elle vend un nombre conséquent de puces à un prix très abordable. Si Jensen Huang, le PDG de Nvidia, assure qu’ARM continuera sur ce modèle et qu’il gardera son siège social aux Royaume-Uni, cela n’apaise pas les inquiétudes des principaux acteurs de l’industrie.

La pénurie de semi-conducteurs change le visage du secteur

Bien entendu, ce rachat soulève autant de questions car le secteur des semi-conducteurs est frappé de plein fouet par une pénurie sans précédent, allant jusqu’à faire tourner certaines entreprises du secteur automobile au ralenti. La situation est telle que Joe Biden veut investir 50 milliards de dollars dans le secteur, tandis que la Chine a volé au secours de son industrie automobile et que l’UE souhaite produire davantage de semi-conducteurs.

Les puces sont en effet un secteur clé et d’avenir : de très nombreuses technologies en dépendent, et en manquer peut entraîner un retard conséquent sur ses concurrents. Les gouvernements se sont ainsi rendus compte qu’il était primordial d’être auto-suffisant dans ce domaine, on peut donc logiquement comprendre pourquoi le Royaume-Uni souhaiterait garder un géant de l’industrie comme ARM chez lui.

Selon CNBC qui s’est entretenu avec plusieurs experts, l’acquisition de l’entreprise risque fortement d’être bloquée par plusieurs régulateurs. De son côté, Nvidia se veut rassurante : « Nous ne pensons pas que cette transaction pose des problèmes matériels de sécurité nationale. Nous continuerons à travailler en étroite collaboration avec les autorités britanniques, comme nous l'avons fait depuis l'annonce de cette transaction ». Pas sûr, toutefois, que cela calme les inquiétudes des autorités...