Le procès opposant Epic Games à Apple approche à grands pas. Dès le 3 mai prochain, les deux parties défendront leurs positions quant aux pratiques de l'App Store face à un tribunal d'Oakland (Californie, États-Unis). En attendant cette date, la maison-mère de Fortnite et le fabricant de l'iPhone ont d'ores et déjà déposé les argumentaires qui constitueront leurs lignes de défense, rapportent nos confrères de TechCrunch.

L'App Store au coeur du procès

Apple prélève une taxe allant de 15% (pour les plus chanceux) à 30% sur tous les achats effectués au sein des applications qu'il héberge sur son App Store. Pour de nombreuses entreprises et développeurs, cette taxe est jugée bien trop élevée, en plus d'être, selon eux, injustifiée. Une vision partagée notamment par le studio Epic Games qui, au mois d'août 2020, a décidé de prendre les armes pour contester cette pratique de la firme à la pomme. Une rébellion qui lui a coûté la suppression de Fortnite au sein de l'App Store.

Après avoir tendu un piège à Apple, et fort des preuves accumulées, le studio à l'origine de Fortnite a déposé différentes plaintes à échelle internationale pour pratiques anti-concurrentielles : d'abord aux États-Unis, puis en Australie, auprès de la Commission européenne, et même au Royaume-Uni. Si le dossier a été rejeté en Grande-Bretagne, il a néanmoins été accepté au pays de l'oncle Sam, et c'est justement là que se déroulera le prochain procès opposant les deux entreprises.

Epic Games tentera de prouver que les pratiques de l'App Store nuisent aux entreprises et aux consommateurs

Afin de prouver qu'Apple abuse de sa position de dominance sur la distribution d'applications, Epic Games s'attaquera à plusieurs points. D'abord, le studio expliquera qu'il existe aujourd'hui environ un milliard d'iPhones actifs à travers le monde ; un marché que les développeurs et les entreprises ne peuvent ignorer pour prospérer. Sans autre alternative viable, ils se retrouvent ainsi obligés d'accepter les conditions handicapantes imposées par l'App Store, dont la fameuse taxe de 30%. En outre, les avocats du studio argumenteront sur le fait que cette taxe oblige de nombreux éditeurs à augmenter le prix de leurs transactions sur l'iPhone et l'iPad, ce qui porte directement préjudice aux consommateurs.

Enfin, Epic Games tentera de prouver qu'Apple se sert de son magasin d'application pour tuer la concurrence, en rejetant par exemple l'arrivée d'applications rivales sous de "faux prétextes" ou en les faisant disparaître des résultats de recherche. Un constat déjà fait par le passé par le Congrès américain lors de son enquête antitrust sur les GAFA. Dans leur rapport, les parlementaires avaient notamment repris l'exemple de l'application ScreenTime. À sortie, de nombreux développeurs à l'origine d'applications de contrôle de gestion du temps-écran s'étaient plains d'avoir été exclus de l'App Store.

Apple justifiera sa taxe par la qualité de son service en matière de sécurité

La défense d'Apple, elle, s'appuiera sur les mêmes arguments qui ont été avancés par Tim Cook lors de son audience face au Congrès américain. Plus clairement, la firme à la pomme continuera de dire qu'elle fait face à une concurrence forte sur le marché de la distribution d'applications de jeux (Google Play, PlayStation, Xbox, etc).

Elle poursuivra en affirmant que sa taxe permet d'assurer le bon fonctionnement et la sécurité de son magasin d'application. Pour prouver qu'elle n'entache en rien les bénéfices des développeurs, les avocats d'Apple prendront l'exemple très concret d'Epic Games : «Pendant les deux années où Fortnite était disponible sur l'App Store, Epic a gagné plus de 700 millions de dollars de revenus grâce aux clients iOS», peut-on lire dans le dossier déposé par la firme de Cupertino.

Enfin, Apple s'attaquera directement aux intentions d'Epic Games. En effet, l'entreprise de Tim Cook estime que cette bataille juridique est avant tout, pour le studio à l'origine de Fortnite, une vaste opération publicitaire placée sous le nom de code "Projet Liberté". Pour appuyer son propos, Apple démontrera qu'il existait déjà des traces de ce projet en 2018, au moment même où le studio enregistrait une baisse de revenus et d'utilisateurs actifs mensuels.

Selon la firme à la pomme, il s'agit là de la preuve incontestable que ce procès n'est finalement que l'aboutissement d'un vaste complot orchestré par Epic Games. "Epic essaie de faire passer Apple comme le méchant afin de faire revivre l’intérêt pour Fortnite. Cependant, ironie du sort, lorsque Epic a été retiré de la plateforme iOS, la société a déclaré aux joueurs qu’ils pourraient continuer à jouer sur des consoles, des ordinateurs et d’autres appareils, démontrant soigneusement l’existence de la concurrence et l’absence de monopole", peut-on lire dans les documents présentés par Apple.