La start-up de livraison de repas Deliveroo a déclaré hier vouloir diminuer le prix d’introduction de son action en bourse. Cette annonce intervient à la suite d’inquiétudes des investisseurs concernant la faible protection des livreurs et la structure de l'actionnariat qui donne trop de pouvoir au PDG. La société quant à elle tente de rassurer et évoque une forte volatilité des conditions de marché dans le monde.

La société britannique de livraison de repas Deliveroo, qui doit entrer à la Bourse de Londres demain pour les investisseurs professionnels avant de s’ouvrir aux particuliers le mercredi 7 avril, modifie légèrement ses plans. Bénéficiant d’un effet pandémie qui a boosté ses ventes, cette dernière prévoyait initialement de vendre ses actions à hauteur de 4,6 livres sterling (5,38 euros). Lundi, elle a néanmoins décidé de revoir sa stratégie en déclarant son intention de proposer un prix compris entre 3,90 et 4,10 livres sterling (4,56 et 3,80 euros), portant ainsi sa valorisation entre 7,56 et 7,95 milliards de livres sterling, soit plus d’1 milliard de moins que ce qui était prévu.

Deliveroo s’est en effet imposé dernièrement comme un des grands gagnants de la pandémie. Son business model a permis de soutenir les restaurateurs pendant la crise et aidé de nombreuses personnes à risque de pouvoir se faire livrer leurs courses. Son chiffre d’affaires s’est ainsi établi en 2020 à 1,2 milliard de livres (+54% vs 2019). Poussé par son explosion soudaine, Deliveroo a donc décidé de se lancer en bourse afin de se donner les moyens de se développer plus rapidement et répondre à la pression qu’exercent ses concurrents Uber Eats et Just Eat.

Mais de nombreuses plaintes ont ciblé l'entreprise dernièrement. Tout d’abord son business model est coûteux. Dans la course à la taille que se livrent les plateformes de livraison, les coûts engendrés ne cessent d’augmenter. Cela se traduit par une perte nette de 261 millions d’euros en 2020 pour Deliveroo. L'introduction en Bourse a également relancé les interrogations sur la pérennité de son modèle, qui repose sur la précarité de ses livreurs. De grands investisseurs ont ainsi déclaré vouloir bouder l’IPO de peur que les différentes vagues de protestation sociale ayant eu lieu en France ou en Angleterre puissent pousser les gouvernements à requalifier les contrats des livreurs. Enfin, la structure de l’actionnariat a également de quoi inquiéter puisqu’elle conférerait les pleins pouvoirs à son PDG Will Shu qui détiendrait 50% des droits de vote.

Deliveroo se défend en expliquant que la réduction du prix de l'action n'a rien à voir avec la réaction des investisseurs mais plutôt à des conditions de marché défavorables. La semaine dernière, la plupart des introductions en bourse de société technologique dans le monde ont en effet été notées à des prix bien inférieurs à ce qui avait été annoncé. Un porte-parole de Deliveroo a déclaré à ce sujet : "compte tenu de la volatilité des conditions du marché mondial des introductions en bourse, Deliveroo a choisi de fixer un prix responsable dans la fourchette initiale et à un point d'entrée qui maximise la valeur à long terme pour nos nouveaux investisseurs institutionnels et particuliers".

Il faudra néanmoins attendre plusieurs mois afin de voir si l’action Deliveroo est une valeur sûre. La plateforme fait en effet face à la gronde des livreurs mais doit aussi préparer l’après pandémie qui devrait pousser les utilisateurs à se détourner des applications de livraison pour retourner dans les restaurants.