C’est une affaire dont Tesla aurait probablement aimé se passer. Les autorités chinoises ont interdit à leur personnel militaire et gouvernemental d’utiliser des véhicules de la firme d’Elon Musk. Ceux-ci pourraient être utilisés à des fins d’espionnage par les États-Unis. Cette affaire est non sans rappeler la situation de Huawei outre-Atlantique depuis bientôt deux ans. De quoi laisser présager un avenir sombre pour Tesla en Chine ?

Les États-Unis multiplient les mesures pour affaiblir Huawei

Durant le mandat de Donald Trump, la guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques a pris un nouveau tournant, et une entreprise a particulièrement été prise pour cible par l’ancien président : Huawei. Accusant le constructeur de smartphones d’espionnage pour le compte des autorités chinoises, ce dernier a ainsi signé un décret en mai 2019 afin d’interdire le commerce avec les entreprises représentant un risque pour la sécurité nationale. En conséquence, Huawei a perdu sa licence Android (système d’exploitation de Google, société américaine), ce qui a largement affecté son activité, à tel point que la firme a été contrainte de se séparer de sa division milieu de gamme Honor, et a perdu sa place de premier vendeur de smartphone au monde pour arriver à la cinquième position seulement.

Les États-Unis ne se sont pas arrêtés là pour handicaper le géant chinois. Une immense campagne de dissuasion a été mise en place auprès des pays alliés pour les empêcher de se fournir en équipements Huawei pour le déploiement de la 5G. Ainsi, le Royaume-Uni les a tout bonnement interdit, tandis que de nombreux pays européens ont grandement réduit leur présence sur leur territoire. Au Brésil, les États-Unis ont passé un accord de financement visant à évincer l’entreprise chinoise des installations 5G. Les lourdes sanctions américaines impactent en outre la production de puces électroniques de Huawei, qui était pourtant l’un des leaders du secteur.

De son côté, Huawei a toujours nié les allégations d’espionnage pesant à son encontre ; Washington n’a, de son côté, jamais fourni de preuves concrètes pour en attester. Si Donald Trump (et Biden, qui ne semble pas vouloir changer de cap) a invoqué la sécurité nationale, ces décisions très fortes visant à affaiblir Huawei ont aussi été décidées dans le but de nuire au pouvoir commercial de la Chine, au profit de celui des États-Unis. Avant les sanctions, l’entreprise avait d’ailleurs surpassé Apple dans son secteur historique : les smartphones. Et si la Chine avait décidé de frapper un grand coup en s’en prenant à une firme américaine possédant un avenir très prometteur ?

Tesla mise gros sur la Chine

L’entreprise d’Elon Musk fondée en 2003 a connu une croissance mitigée jusqu’en 2020, où ses revenus ont connu une hausse importante. L’entreprise a même enregistré le meilleur trimestre de son histoire sur la période juillet-août-septembre en générant 8,77 milliards de dollars. Tesla évolue dans un secteur d’avenir, les véhicules électriques et les technologies de conduite autonome, et elle est certainement l’un des grands leaders de ce marché.

Logiquement, la société s’intéresse à la Chine, puisqu’il s’agit du plus grand marché automobile au monde. Sa première gigafactory en dehors des États-Unis a ainsi été installée dans l’Empire du Milieu en 2019, alors que le pays asiatique n’atteignait pas les objectifs escomptés en termes de ventes de véhicules électriques. Le pari de Tesla a porté ses fruits : en 2020, le constructeur a vendu 147 445 voitures en Chine, ce qui représente 30% du total de ses livraisons.

Ce marché est tellement important pour la firme qu’elle y a adopté un comportement bien plus complaisant qu’aux États-Unis. Par exemple, elle s’est récemment excusée après que l’un de ses employés ait mis en cause le réseau électrique chinois dans les problèmes rencontrés par le véhicule d’un client. À titre de comparaison, le PDG de Tesla, Elon Musk, a connu plusieurs démêlés avec les autorités outre-Atlantique et n’a pas hésité à raccrocher au nez du président du Conseil national de la sécurité des transports.

La photographie d'une ville chinoise où flotte un drapeau du pays.

La Chine est le plus gros marché automobile au monde. Image : Chenyu Guan / Unsplash

Les caméras des véhicules Tesla au cœur de la controverse

Il semble désormais que tous les efforts de Tesla pour rester en bons termes avec la Chine n’aient pas porté leurs fruits. Les caméras utilisées par la firme sur ses véhicules sont pointées du doigt. Elles permettraient de capturer des images et de les envoyer aux autorités américaines. Par mesure de précaution, il est demandé aux militaires et aux employés du gouvernement de ne pas en acheter, ni de voyager à bord de l’un d’entre eux.

Contrairement à ses concurrents, et particulièrement à Waymo, ce sont des caméras qui permettent aux voitures Tesla de sonder leur environnement et de se déplacer de manière autonome, et non des lidar (chose pour laquelle la firme a été vivement critiquée par l’entreprise-sœur de Google).

Ainsi, les caméras des véhicules Tesla peuvent filmer constamment leurs alentours et obtenir des données, notamment sur le moment, le mode et le lieu d'utilisation des voitures, ainsi que les listes de contacts des téléphones portables qui y sont synchronisés... d’où les inquiétudes du gouvernement chinois. De son côté, Elon Musk n’a pas tardé à réagir et à nier ces accusations : « Il y a une très forte incitation pour nous à être très confidentiels avec toute information. Si Tesla a utilisé des voitures pour espionner en Chine ou ailleurs, nous serons fermés », a-t-il déclaré en visioconférence lors du China Development Forum.

Protectionnisme, vengeance, ou les deux ?

Cette requête émanant du gouvernement chinois a comme un air de déjà-vu… En août dernier, le sénat américain interdisait au personnel du gouvernement d’utiliser l’application TikTok, filiale du géant chinois ByteDance. À l’instar des États-Unis avec Huawei, TikTok, ou encore WeChat, Pékin invoque ici la question de la sécurité nationale du pays, mais il semblerait que ses motivations relèvent davantage du protectionnisme. En effet, de nombreuses entreprises chinoises sont actuellement en train d’investir dans le marché des véhicules électriques et de la conduite autonome.

C’est notamment le cas de Baidu, qui a mis au point le système Apollo et a établi un partenariat avec Geely pour commercialiser son premier véhicule électrique d’ici trois ans. D’autres géants technologiques de l’Empire du Milieu, à l’image de Tencent, de DJI, et même d’un certain Huawei, s’intéressent aux aussi à ce secteur en plein essor. La restriction des véhicules Tesla en Chine devrait ainsi être bénéfique pour les entreprises du pays et pourrait, par la même occasion, booster un secteur automobile fortement impacté par la pénurie de semi-conducteurs.

Pour l’heure, on ignore encore si le gouvernement ira plus loin et prendra des mesures plus strictes à l’encontre de la firme d’Elon Musk, mais une chose est sûre : si la Chine décide de prendre sa revanche du sort subi par Huawei dans le monde, Tesla a du souci à se faire.