Alphabet, maison-mère de Google, serait actuellement en pourparlers pour signer le grand retour de Google Actualités en Espagne. N'intégrant plus les médias espagnols depuis 2014, le service pourrait bientôt repartir de plus belle grâce à la directive sur le droit d’auteur dans le marché numérique qui a été approuvée par le Parlement européen en 2019. Une information rapportée par Reuters, qui s'appuie sur plusieurs sources présentées comme étant proches de l'affaire.

Pourquoi Google Actualités n'intégrait plus les médias espagnols ?

En 2014, l'Espagne adoptait une nouvelle loi obligeant Alphabet (entre autres entreprises) à payer une redevance collective pour la republication de titres et extraits d'articles de presse. Dans la foulée, la firme annonçait que son service Google Actualités ("Google Noticias" en espagnol) n'intégrerait plus les publications de médias espagnols, et expliquait alors : "En Espagne, les médias de presse sont tenus par la loi de faire payer des services comme Google Noticias pour l'affichage de tout extrait de leur contenu, qu'ils le veuillent ou non. Cette situation est intenable pour Google Noticias".

Malgré tout, Google Actualités demeurait (et demeure toujours) disponible depuis l'Espagne. Plutôt qu'une fermeture ferme et définitive de son service, Alphabet a préféré faire un compromis, en intégrant dans son flux les contenus de médias hispanophones. Les utilisateurs ont ainsi pu continuer à profiter du service, sans que la firme de Mountain View n'ait à payer de quelconques frais aux médias espagnols.

Alphabet négocie le retour de son service au travers de licences individuelles

Cette situation pourrait néanmoins venir à évoluer très prochainement grâce à l'adoption de la directive européenne sur le droit d'auteur qui prévaut sur la législation espagnole. Bien que le texte ait été pensé pour obliger Google, Facebook et compères, à partager leurs revenus avec les éditeurs, il laisse également aux gouvernements le pouvoir de laisser leurs entreprises conclure des accords individuels. C'est dans ce nouveau contexte législatif qu'Alphabet aurait entamé des négociations pour des licences individuelles avec plusieurs grands médias espagnols, ont rapporté trois sources anonymes. Deux autres sources ont indiqué que des accords préliminaires avaient déjà été conclus, en attendant davantage de précisions sur la nouvelle législation.

Invité à réagir, le ministère de la Culture espagnol a déclaré que le gouvernement travaillait justement sur un projet de loi à ce propos, mais a refusé de donner davantage de détails. De son côté, Google Espagne a réagi au travers de la voix de l'un de ses portes paroles en déclarant que "la loi sur les droits d'auteur ne devrait pas rendre obligatoire la mise en place d'une licence payante".

Les médias espagnols divisés

Du côté des médias espagnols, les avis divergent. Certains éditeurs, notamment représentés par l'association des médias AMI, sont favorables au maintien du système actuel qui donne aux éditeurs le droit de percevoir une rémunération par l'intermédiaire d'une entité de gestion collective. Pour Ramon Alonso, directeur général de l'association, cela permet de négociations équitables avec Google et compères, tout en empêchant l'exclusion de certains éditeurs. D'autres (incluant l'organisation incluant du CABE qui compte 162 associés), estiment qu'au contraire, ils pourraient parvenir à un meilleur accord par eux-mêmes et qu'ils devraient être libres de choisir.

En France, la situation n'est pas plus simple. Après plusieurs mois de négociations acharnées entre Google et l’Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG) qui représente 305 médias français, un accord a été trouvé : la firme de Mountain View s’est engagée à verser 76 millions de dollars, et tout le monde semblait y avoir trouvé son compte. Seulement voilà... L’Autorité de la Concurrence française a récemment publié un rapport de 93 pages lesquelles elle accuse Google de graves manquements lors de ses négociations avec les éditeurs de presse. Google risquerait ainsi une amende à hauteur de 10% de ses ventes annuelles, et un nouveau bras de fer pourrait venir à se dessiner.