Le 21 février 2021, Facebook a fermé la page de l’armée régulière birmane – la Tatmadaw – pour incitation à la violence. La décision intervient après la médiatisation des deux premiers morts suite aux manifestants contre le coup d’État qui s’est déroulé le 1er février 2021 et qui a abouti à la détention de plusieurs personnalités politiques, dont d’Aung San Suu Kyi. « Conformément à nos politiques mondiales, nous avons retiré de Facebook la page Tatmadaw True News Information Team pour des violations répétées aux standards de notre communauté qui interdit l’incitation à la haine et les contenus violents », explique un représentant de Facebook dans un communiqué rapporté par Reuters.

Ce n’est pas la première fois que les comptes Facebook de la Tatmadaw sont supprimés. En avril 2018, peu de temps avant la suppression de 18 comptes et 50 pages liées à l’armée régulière, Mark Zuckerberg affirmait que « nos systèmes détectent ce qu’il se passe dans la situation birmane. Nous empêchons les messages haineux de se diffuser ». Il semble que cette fois-ci, la détection a pris plus de temps. En effet, en juin 2020 la Tatmadaw relançait son compte Facebook au motif de lutter contre la désinformation. « Comme il y a à la fois des informations vraies et fausses [sic], nous avons décidé de recourir à Facebook, qui est largement utilisé en Birmanie, afin de fournir rapidement à la population et aux médias des données exactes », expliquait le porte-parole de la Tatmadaw Zaw Min Tun.

À la création de la nouvelle page Facebook de la Tatmadaw, les ONG ont tout de suite lancé l’alerte

À leur parution en juin, les nouvelles pages Facebook de l’armée régulière avaient suscité des interrogations et des craintes au sein des médias et des organisations de la société civile. Ainsi, Radio Free Asia avait contacté le siège californien et l’unité en charge de la Birmanie, basée à Singapour, pour évoquer la création de ces nouveaux comptes. Après un temps de non-réponse, un porte parole de Facebook avait fini par déclarer au média : « Si le contenu d’une page ou d’un compte Facebook enfreint nos règles, nous le supprimerons ».

Les actions ne vont donc pas aussi vite que les déclarations. Alors que dès la création de ces pages Facebook, les organisations non gouvernementales (ONG) alertaient à propos du retour de l’armée sur le réseau social, les comptes ont été supprimés près de 8 mois plus tard. « L’utilisation de Facebook semble être un moyen de contrer les actualités rapportées par les médias plutôt que de fournir des informations exactes », mettait en avant l’ONG Fortify Rights en juin.

« Il s’agit d’essayer de revenir dans les informations que cherchent les Birmans pour tenter d’influencer leurs opinions sur ce qui se passe dans les États de l’Arakan, du Kachin et du Shan [où se déroulent aujourd’hui les guerres civiles les plus violentes de Birmanie] ainsi que dans d’autres régions où la Tatmadaw est impliquée dans des conflits avec des groupes armés dissidents », avertissait en juin la branche asiatique de l’ONG Human Rights Watch.

À la veille des élections générales, qui se sont déroulées en novembre 2020 et à la suite desquelles le parti de la Tatmadaw – le Parti de l’Union, de la Solidarité et du Développement (USDP) – a contesté le résultat des votes, ce qui a par la suite servi de prétexte pour le coup d’État, Facebook avait annoncé la suppression de 70 comptes et pages reliés à l’armée régulière. Ces derniers étaient pointés du doigt pour soutenir les actions de l’armée régulière ou pour critiquer Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD). Dans cet élan, il semble que la page principale de la Tatmadaw ait été oubliée… chose aujourd’hui résolue.