Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance et Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur ont présenté ce lundi 15 février lors d’une conférence de presse, les ambitions de la France et de l’Union Européenne en matière de relance industrielle avec dans le viseur, la volonté de redonner à l’Europe ses lettres de noblesses et éviter qu’une crise comme celle qui secoue actuellement le marché automobile ne se reproduise.

Bis repetita. Le manque de masques chirurgicaux au début de la pandémie avait déjà mis en exergue la forte dépendance de l’Europe à la production industrielle asiatique. Cette dépendance se traduit aujourd’hui par la crise que subissent les constructeurs automobiles, contraints de fermer des usines, faute de composants électroniques présents en quantités suffisantes. Alors que ses besoins en produits électroniques explosent, comment expliquer que l’Europe ne soit en mesure d’y répondre par elle-même ? Un seul secteur tombe comme celui des microprocesseurs, mais c’est tout une économie qui en pâtit…

C’est sur ce constat plutôt lucide que Bruno Le Maire entame la conférence. La crise a révélé au grand jour les lacunes des pays européens dans la production de produits essentiels à sa souveraineté. Il est « question de garantir l’indépendance stratégique européenne. Les lacunes que nous rencontrons sont inacceptables ». Bruno Le Maire souhaite donc porter avec son homologue allemand dans les jours qui viennent, un deuxième projet d’intérêt collectif européen, faisant suite à un premier qui portait sur les nanotechnologies.

Ce plan, qui sera prochainement présenté aux partenaires européens et qui sera adopté cette année, doit permettre d’identifier dans tous les pays de l’Union européenne des projets industriels permettant de relocaliser la production de certains produits électroniques en Europe et ainsi réduire sa dépendance excessive à l’Asie. Il est « indispensable de créer des chaînes de valeur industrielles face à la Chine, mais aussi aux États-Unis », a affirmé Bruno Le Maire. Ce plan devrait aussi permettre de définir un certain nombre de règles permettant de protéger son industrie des assauts de rachat de compagnies étrangères. Bruno Le Maire et Thierry Breton souhaitent ainsi donner les moyens à l’Europe de combler les lacunes en matière de production d’équipements électroniques, mais aussi soutenir l’innovation afin de créer les emplois de demain. Coincée entre l’Asie qui produit la majorité des composants électroniques et les États-Unis qui soufflent le chaud et le froid sur les entreprises chinoises, l’Europe doit retrouver sa place sur l’échiquier géopolitique mondial et éviter de futures tensions avec ses partenaires commerciaux. Notamment à l’aube d’un Splinternet.

Mais la relance industrielle passe aussi par la relance de la conquête spatiale. Encore une fois, et bien que disposant de solides compétences dans ce domaine, l’Europe est distancée par les États-Unis qui disposent d’un tissu d’entreprises innovantes comme SpaceX ou Blue Origin, et rattrapée par la Chine qui investit massivement dans ses missions lunaires et martiennes. L’Europe doit donc imposer son indépendance dans les domaines de la localisation, l’observation, la communication, mais aussi les lanceurs marqués par les retards d’Ariane 6 et Vega C. Cette feuille de route pour le spatial sera présentée avec l’Allemagne et l’Italie à l’ensemble des pays de l’Union Européenne en juin prochain.

La course à l’indépendance de l’Europe est donc lancée, mais il va falloir plus que des milliards pour qu’elle puisse rattraper son retard. La Chine en fait actuellement l’expérience. Néanmoins et comme le souligne Thierry Breton, l’Europe n’a pas à rougir de ses concurrents, elle dispose d’excellents ingénieurs et scientifiques, possède déjà des entreprises dans le domaine des semi-conducteurs, est la deuxième puissance spatiale et l’ensemble des pays européens semblent vouloir aller dans la même direction. Il faudra attendre les prochaines annonces pour en savoir plus sur la feuille de route, mais la dynamique semble déjà bien engagée, et propice à un réveil Européen.