Lors de la prochaine mise à jour de son système d'exploitation, Apple souhaite apporter une modification de taille pour protéger les utilisateurs du tracking publicitaire. Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence au sein de la Commission européenne, a pris la parole pour faire savoir à Apple que, bien que son idée aille dans le sens des valeurs de l'Union européenne : "s'il est démontré qu'Apple ne traite pas ses propres applications de la même manière, l'entreprise risquera des poursuites antitrust'.

La guerre entre Apple et Facebook semble atteindre son apogée

Voilà qui est dit ! Pour rappel, la marque à la pomme veut que l'IDFA (Identifier for advertisers), une sorte de clé permettant aux réseaux publicitaires mobiles de suivre l'utilisateur et de lui proposer des publicités ciblées, repose sur le consentement de l'utilisateur. Toutes les applications seront évidemment concernées. Vous l'aurez compris, cela n'est pas du tout du goût de Facebook.

Après avoir menacé de poursuivre Apple pour ses pratiques anticoncurrentielles, le géant des réseaux sociaux semble prêt à contrer les nouvelles règles d'Apple avec une invitation pour les internantes à dire "oui" aux publicités ciblées. Mark Zuckerberg a même déclaré que : "cela obligerait les développeurs à déployer des offres d’abonnements payants et à intégrer davantage de paiements in-app, ce qui serait finalement profitable à Apple puisque, rappelons-le, l’App Store s’octroie des commissions allant de 15 à 30% sur ces transactions". Il ajoute que cela pourrait tuer l'Internet comme nous le connaissons.

La Commission européenne aimerait pourtant que la nouvelle politique d'Apple aboutisse. Il y a quelques semaines, le Contrôleur européen chargé de la protection des données, Wojciech Wiewiorówski, a lancé un appel à l'interdiction des publicités ciblées en vertu du Digital Services Act et suite à une demande de consultation des législateurs européens. Mais depuis, la Commission européenne aurait-elle été victime de lobbying ? L'industrie de la publicité semble avoir eu recours à sa carte magique : la menace de l'antitrust.

Quand la Commission européenne s'en mêle...

Les régulateurs ont-ils été poussés à bloquer l'initiative d'Apple ? Difficile à dire. Dans tous les cas, même si Margrethe Vestager félicite Apple en disant que : "c'est une très bonne chose d'offrir une option claire de retrait aux utilisateurs. Ce système s'inscrit parfaitement dans l'esprit des textes européens sur la protection des données personnelles", elle menace tout de même l'entreprise d'une enquête antitrust sur le sujet. Cette enquête ne devrait certainement pas avoir lieu. Tim Cook a promis qu'Apple allait "bien évidemment se soumettre à sa propre réglementation".

Le CEO d'Apple a pris la parole sur ce sujet à l'occasion de la conférence "Computers Privacy & Data Protection" qui se tenait justement à Bruxelles il y a quelques semaines. Tim Cook précisait alors que : "actuellement, notre plateforme publicitaire ne partage pas d’informations permettant de vous identifier à des tiers. Les données vous concernant sont utilisées pour déterminer à quel segment vous appartenez et de fait, quelles publicités vous recevez, mais jamais pour vous envoyer des publicités ciblées".

La Commission européenne s'inquiète tout de même de la nouvelle politique d'Apple. Margrethe Vestager est consciente que cela pourrait changer beaucoup de choses pour les développeurs d'applications. De plus, la Commission ne veut pas qu'Apple se serve de sa position dominante pour désavantager les entreprises qui ont besoin de l'App Store pour faire exister leurs applications. Cela risque pourtant d'être le cas...