La nouvelle pourrait passer pour une simple annonce d’investissement, mais dans le cas de la Chine elle s’avère un peu plus importante, et surtout plus stratégique. Le fabricant chinois SMIC (Semiconductor Manufacturing International) va investir pas moins de 12 milliards de dollars pour la construction d’une nouvelle usine de semi-conducteurs dans le district de Pudong (près de Shanghaï). Cette dernière pourrait donner l’occasion à la firme de progresser en termes de finesse de gravure pour passer sous la barre des 14 nm. Un seuil que le fabricant (seul fondeur chinois capable de proposer des procédés aussi avancés), devra de toute façon passer pour proposer aux acteurs locaux des alternatives viables aux puces gravées par son concurrent taïwanais TSMC, leader technologique du marché, dont le node 5 nm est utilisé pour graver les puces A14 intégrées aux récents iPhone 12.

SMIC : le seul espoir de la Chine pour se passer des fabricants étrangers ?

Cette usine, baptisée « SN1 », s’inscrit par ailleurs dans un véritable projet de pôle industriel. En plus du site de production construit par SMIC, 166 autres projets ont été avalisés. Sept d’entre eux sont liés au marché du semi-conducteur, avec en filigrane l’ambition chinoise d’être progressivement moins dépendant à la production étrangère de puces. Il s’agit d’un objectif crucial pour la Chine dont la vulnérabilité au bon vouloir américain a été récemment exposée au grand jour. Récemment, Huawei et sa filiale HiSilicon ont en effet été contraints de devoir faire sans les processeurs gravés par TSMC suite aux sanctions mises en place par l’administration Trump (et que l’administration Biden pourrait tout à faire reconduire).

Reste que le chemin vers l’indépendance technologique chinoise risque d’être long et semé d’embûches. Comme l’ont souligné nos confrères de 01Net, pour proposer des procédés de gravures plus avancés (et notamment passer sur le node 7 nm), SMIC devra trouver une alternative au hollandais ASML, qui est à cette heure le seul fabricant au monde capable de fournir des machines taillées pour la gravure par lithographie extrême ultraviolet (EUV). Autre enjeu, parvenir à mettre la main sur des wafers « vierges »  (très fine plaque de silicium sur laquelle sont gravés les puces avant d’être découpées), mais aussi sur les bains chimiques et certains logiciels indispensables à la fabrication de processeurs de pointe. Des « ingrédients » dont l’approvisionnement est souvent détenu par des acteurs américains.