Avec plus de 115M d’utilisateurs quotidiens sur Teams, dans un marché de plateforme de communication collaborative qui représente plus de 300 milliards de dollars, information partagée par Microsoft, l’entreprise lance Viva. Une fonctionnalité qui permet d’améliorer l’échange d’information entre employés, améliorant l’expérience Teams et Microsoft 365. Une façon pour la firme d’asseoir sa position dans l’intranet des entreprises et de faire un pied de nez aux concurrents comme Slack, ou Asana. Des outils de planification de tâches ou de messageries internes entre collaborateurs. Un marché en ébullition depuis que le télétravail est devenu une nécessité.

« Nous avons participé à la plus grande expérience de travail à distance à l’échelle mondiale, et elle a eu un impact considérable sur l’expérience des employés », a déclaré Satya Nadella, PDG de Microsoft. « Chaque organisation aura besoin d’une expérience unifiée pour ses employés, de l’intégration et de la collaboration à l’apprentissage et à la croissance continue. Viva rassemble tout ce dont un employé a besoin pour réussir, dès le premier jour, dans une expérience unique et intégrée directement dans les équipes ».

Les 4 modules de Viva associés à Teams et Microsoft 365

Présentation de Viva dans Microsoft Teams

Viva Teams comporte : Viva learning, Viva Insight, Viva Topic et Viva Connections. Capture d’écran : Microsoft

L’annonce des nouvelles fonctionnalités de Viva, se décline en 4 modules. La première : Viva Connections. Il s’agit d’un portail qui regroupe les principales informations de l’entreprise ainsi que les annonces de communication internes, et l’animation des communautés de collaborateurs. Notons que Microsoft souhaite aussi faire de ce « portail » un canal d’information concernant les droits et avantages de chacun des salariés.

Le deuxième module annoncé, Viva Topics, est défini par Microsoft comme étant un « Wikipédia » de l’entreprise. Il regroupe les contenus d’une firme concernant des thèmes précis récupérés dans les conversations Teams et les documents de travail. Une curation automatique rendue possible grâce aux outils d’intelligence artificielle que possède Microsoft.

Aperçu de Viva Learning dans Microsoft Teams

Viva le wikipedia des entreprise sur Teams et Microsoft 365. Capture d’écran : Microsoft

Le troisième module, Viva Learning, permet quant à lui de réunir en une seule page, toutes les datas importantes accessibles par les collaborateurs et fournies par les managers. Le but étant de proposer des formations et d’améliorer les compétences de chacun au sein du groupe.

Enfin, Microsoft nous gratifie d’un dernier module : Viva Insights. Il permettra de suivre les résultats et de s’assurer du bien être de ses employés. Un module qui peut être considéré par certains comme une forme de “flicage” déguisé des équipes.

Viva Insight : Big Brother version télétravail

Aperçu de Viva Insights dans Microsoft Teams

Viva permet suivi et surveillance de l’outils Teams Microsoft 365 en télétravail. Capture d’écran : Microsoft

L’annonce semble louable dans son approche. Améliorer l’expérience du travail à distance entre collaborateurs en améliorant les outils déjà existants que sont Teams et Microsoft 365.

Toutefois, on peut se demander si la fonctionnalité Viva Insight, ne permettrait pas de faire du benchmark sur les employés de sa propre entreprise.

Le benchmark, c’est quoi ?

Faire du benchmarking est une technique à la fois managériale et marketing, qui a pour objectif d’observer les performances d’une entreprise et de ses employés afin de les comparer entre eux. Elle permet aussi d’analyser les performances d’une entreprise concurrente. Le but est de comprendre pourquoi des produits ou services à vendre sont plus optimisés, performants, chez la concurrence ou au sein de ses différentes équipes internes.

Dans cet article, nous parlerons exclusivement de benchmark interne dans une entreprise. Donc de l’analyse de performance de ses employés au sein d’un même groupe.

Les limites du benchmark

C’est dans le milieu bancaire que les limites du benchmark interne font le plus parler d’elles. Mais ces limites s’appliquent à tous les corps de métier.

D’après juritravail.com, ce système consiste en une évaluation permanente où chaque employé voit ses performances analysées au regard des performances des autres. Ce qui favorise la mise en concurrence interne et pourrait compromettre la sécurité, l’état mental et physique des collaborateurs d’une entreprise. Système en contradiction avec l’article L. 4121-1 du Code du travail. Dans lequel l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Microsoft renonce-t-il vraiment à la surveillance managériale ?

Microsoft avait fait « machine arrière » en décembre dernier en renonçant à l’intégration d’un « score de productivité » intégré à Microsoft 365. On peut alors se demander si Viva Insights ne permettrait pas, tout de même, d’effectuer un classement de ses collaborateurs, mais cette fois-ci de manière plus insidieuse.

Viva Insights : Le partage de ses résultats sera-t-il vraiment sur la base du volontariat ?

En effet, côté employé, Insights permet de partager ses conseils et statistiques personnels pour « accompagner la réussite des équipes et le bien être de chacun », selon Microsoft. Côté manager, Viva Insights permet de récolter de manière « agrégée et anonymisée » les informations relatives à la production et à la santé mentale de ses équipes.

C’est là que le bât blesse. Rien n’empêchera à un manager de faire pression sur ses équipes pour partager régulièrement ses chiffres et « conseils » aux autres collaborateurs. Au nom de l’amélioration de la productivité générale de l’entreprise. Dans le pire des cas, on imagine que ceux qui se refusent à l’exercice en subiront les conséquences financières et stratégiques pour leur carrière.

Viva Insights : la question de l’anonymisation

Côté manager, en ce qui concerne la façon anonymisée et « agrégée » de surveiller ses équipes, on peut légitimement se poser la question des équipes internes réduites où l’anonymisation des résultats sera forcément plus difficile à protéger. Prenons l’exemple d’un manager qui suit les résultats de ses équipes composées de moins de cinq collaborateurs via Viva Insights. Avec un peu de déduction, il ne lui sera pas difficile d’adosser chaque feuille de résultat à un travailleur précis.