L’annulation de l’entrée en bourse d’Ant Group et la demande de remodelage de ses activités par Pékin ont laissé présager des changements majeurs au sein de la fintech au profit du gouvernement chinois. D’après le Wall Street Journal, ce sera bientôt chose faite. De hauts responsables chinois ont demandé à la branche financière d’Alibaba de se transformer en holding. Le cadre légal des holding financières prévoit un encadrement plus strict de l’actionnariat, de la gestion des financements, et plus généralement de l’entreprise, tout en obligeant des investissements dans les filiales financières. Par ailleurs, cette holding sera supervisée par la Banque centrale chinoise (PBOC). Ainsi, Pékin devrait pouvoir surveiller et contrôler l’entreprise de Jack Ma.

Après des mois de tourmente, la fintech a rendu aux autorités un plan de restructuration. Ses détails ne sont pas encore connus, mais cela ne saurait tarder. Une source proche du sujet a déclaré que l’affaire devrait être réglée pour le nouvel lunaire, soit à la mi-février. Ant a formé un groupe de travail dirigé par son directeur général, Simon Hu, et a nommé un responsable de la conformité afin de diriger la restructuration.

Tout changement se fera sous l’œil attentif du comité de stabilité financière et de développement qui donnera l’aval final. D’après le sous-gouverneur de la PBOC Pan Gongsheng, cinq changements majeurs sont demandés par les autorités chinoises : revenir à l’activité originale de paiement, conserver les données personnelles des activités de prêts, créer une holding financière, modifier la gouvernance, et revoir la gestion des actifs. La question des données incarne le nerf de la guerre, l’entreprise en a collecté des millions qui servent à accorder, ou non, des prêts et services financiers. Ant travaille actuellement sur l’architecture de ses bases de données afin de mettre en place des protocoles compatibles avec ceux des banques. Également, une objectif moins officiel pour l’État serait de profiter de cette holding pour diffuser plus largement son yuan numérique lors de sa mise en circulation.

Ant a « méprisé » les lois et s’est « livré à un arbitrage réglementaire », Pékin dit stop

« Les autorités de réglementation financière étaient préoccupées par les pratiques d’arbitrage réglementaire d’Ant, qui auraient permis à l’entreprise de donner une image positive de sa situation financière et de dissimuler les risques financiers engendrés par son expansion agressive dans de nouveaux secteurs d’activité », explique Eswar Prasad, ancien chef de la division Chine au Fonds monétaire international.

Ant Group possède Alipay, qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs en Chine. L’application de paiement a traité plus de 17 000 milliards de dollars de transactions et a accordé des prêts à quelque 500 millions de personnes. Cette dernière activité a été vivement critiquée par les autorités car la fintech se positionne comme un intermédiaire entre les banques qui accordent le prêt et les particuliers. Les risques sont ainsi largement minimisés pour l’entreprise. Pour le gouvernement, cela pourrait menacer le système bancaire. En décembre 2020, à la suite d’une réunion portant sur l’avenir d’Ant, Pan Gongsheng a critiqué le groupe pour avoir « méprisé » les lois et « s’être livré à un arbitrage réglementaire ».

Pour le moment, l’opacité règne. Ni un porte-parole d’Ant Group, ni la PBOC, ni la commission chinoise de régulation des banques et assurances, ni le Conseil d’État n’ont fait de commentaire.