De nouvelles mesures de la banque centrale chinoise (PBOC) visent une nouvelle fois Ant Group et Tencent. Mercredi 20 janvier 2021, la PBOC a déclaré que toute entreprise de paiement non bancaire supportant au moins 50% des transactions en ligne serait soumise à une enquête antitrust. L’autorité financière chinoise a également évoqué une surveillance sur les changements d’actionnariat dans le secteur des fintech. « Les règles comblent le vide sur la définition de monopole dans le secteur des paiements », soutient Dong Ximiao, chercheur à l’Institut de finance Internet de Zhongguancun.

En assurant 55,6% des transactions pour près d’un milliard d’utilisateurs, Alipay – rattaché à Ant Group – est bien entendu concernée. Par ailleurs, la banque centrale s’intéresse à la position dominante exercée conjointement par plusieurs acteurs. Ainsi, deux entreprises se partagent les deux tiers du marché peuvent également faire l’objet d’une enquête antitrust. Avec 38,8% des paiements mobiles, Wechat pay s’inscrit dans ce deuxième cas de figure. D’autre part, de nouveaux acteurs tentent de profiter de la situation, notamment Douyin (version chinoise de TikTok), qui a créé un portemonnaie numérique. Également, l’enseigne JD a anticipé les mesures à venir en restructurant ses activités financières. Outre les règles en place, une analyse globale permet de corréler la régulation active actuelle avec la sortie prochaine du yuan numérique.

Schéma montrant que Wechat pay et Alipay se partagent le marché chinois

Données : iResearch. Source : Bloomberg

Ces mesures, ne sont pas les premières à viser les fintech chinoises. Sans surprise, elles portent atteinte à la croissance de ces entreprises. « Cela montre qu’il n’y a pas de répit dans le durcissement des réglementations à l’égard des fintech », affirme Dong Ximiao. S’il y a confirmation d’une position de monopole, des mesures restrictives, comme le démantèlement des entreprises concernées, pourraient être prises. Avant d’en arriver là, la PBOC accorde un délai d’un an aux entreprises pour qu’elles s’alignent sur ces nouvelles règles concurrentielles.

D’après des estimations de l’analyste Francis Chan, en janvier 2021, la valeur d’Alipay a chuté à 1 000 milliards de yuans (de l’ordre de 126 milliards d’euros). Auparavant, elle était estimée à 1 400 milliards de yuans (près de 177 milliards d’euros). Selon lui, une scission au sein d‘Alipay pourrait réduire sa valeur de moitié. « La valorisation d’Ant Group pourrait encore chuter si son service de paiement est forcé de se démanteler en raison d’éventuelles enquêtes antitrust menées par la banque centrale chinoise », écrit Francis Chan dans une note de recherche.

Le jour de l’annonce de la PBOC, le 20 janvier, Jack Ma a refait surface dans une vidéo. À la suite de son apparition, l’action d’Alibaba, la maison mère d’Ant Group, a monté de 8,5%. Toutefois, cette croissance n’a pas duré et l’action a ensuite à nouveau chuté de 2,5%.

En juin 2020, en Chine, les paiements sur internet ont augmenté de 8,8% par rapport à l’année précédente. De manière paradoxale, cette hausse incarne une baisse. En 2019, les paiements en ligne se sont accrus de 23% et à 65% en 2018.