« Réglementer les monopoles sur les données se situe au cœur de la question », expose un conseiller du comité antitrust du Conseil d’État chinois, rapporté par le Wall Street Journal. Le règlement sur la promotion de l’économie du numérique, qui facilite le partage de données, adopté par la province du Zhejiang, région dans laquelle Alibaba a son siège, ne peut qu’appuyer le propos du conseiller.

Ouverte en décembre dernier, l’enquête antitrust d’Alibaba s’attarde notamment sur Ant Group, la branche financière de l’empire de Jack Ma. Elle détient Alipay, un service utilisé par plus d’un milliard de personnes, et qui, comme tout service bancaire, contient de nombreuses données qui en disent long sur les habitudes des consommateurs. C’est notamment en s’appuyant sur ces données que l’entreprise a attribué près d’un demi-milliard de prêts. Le gouvernement, qui considère ces données comme un avantage concurrentiel déloyal, cherche à y accéder depuis plusieurs années.

En 2015, Ant a lancé, avant la banque centrale chinoise, son propre système de notation de crédit : Zhima Crédit. Trois années se sont écoulées avant que la banque centrale chinoise lance à son tour le sien : Baihang Crédit. Dès lors, elle a demandé à huit entreprises, dont Tencent, qui possède WeChat Pay, et Ant, de participer au capital de Baihang Crédit. L’objectif étant de récupérer leurs données afin de les rendre accessibles aux institutions financières du pays. Manque de coopération de la part des entreprises, le but n’a pas été atteint. Ant a refusé de partager ses données au motif qu’elles lui appartenaient et que cela nuirait à sa compétitivité. Néanmoins, pour le gouvernement, la tentative a raté seulement en partie. Zhima Crédit a été contraint de revoir ses activités, et, aujourd’hui, elles s’apparentent à un programme de fidélisation récompensant les clients à la cote élevée.

Jack Ma critiqué pour son « défi aux exigences réglementaires »

À la question des données s’ajoute celle de menaces pour le système financier. Une inquiétude évoquée par la Commission chinoise de réglementation des banques et des assurances (CBIRC), qui a annoncé en décembre 2020 travailler sur un projet de loi sur les micro-crédits. Le texte vise particulièrement le secteur de la fintech, dont Alipay, qui bénéficie d’un modèle d’émission de prêts avec des risques nuls, du moins reportés sur les banques partenaires. D’après des fonctionnaires et des conseillers du gouvernement, les autorités cherchent à modifier les activités d’Ant afin que l’entreprise fournisse davantage de fonds lors de l’accord de prêts, tout en cherchant à rompre la position de monopole sur l’accès aux données. Bien que les contours demeurent flous, cela passera probablement par un renforcement des liens avec la banque centrale.

Dans une déclaration, la banque centrale de Chine critique le groupe de Jack Ma pour son « défi aux exigences réglementaires ». Ces dernières années, l’homme d’affaires est passé entre les mailles du filet et a gardé son cap. Cependant, comme en témoignent les récentes mesures prises contre ses entreprises, comme la restructuration d’Ant Group, ou plus généralement contre les géants du numérique, aujourd’hui les mailles se resserrent. Cette fois-ci, Jack Ma, qui n’a pas eu d’apparition publique depuis un discours critique vis-à-vis du cadre juridique chinois en octobre, semble davantage être dans l’obligation de sous soumettre.