Le 17 décembre dernier, Google était ciblée par une troisième plainte antitrust aux États-Unis. Quasiment tous les États américains ainsi que la Federal Trade Commission (FTC) et le Département de la Justice (DOJ) en ont après la firme de Mountain View, et selon Bloomberg, il semblerait qu’une certaine entreprise baptisée Oracle n’y soit pas pour rien…

Des documents incriminant Google envoyés aux législateurs

En 2018, le plus important lobbyiste d’Oracle, Ken Glueck, a appris que le procureur général de l’Arizona enquêtait sur les pratiques de Google et n’a pas hésité à envoyer un document long de 70 pages à ce dernier. Il décrivait comment le géant de la tech a construit un empire en monétisant les informations personnelles des Américains à leur insu, résultant notamment en une plainte à son encontre au mois de mai dernier.

L’Arizona est loin d’être le seul État à avoir reçu de tels documents de la part d’Oracle, entreprise spécialisée dans les systèmes de gestion et le cloud computing. Plus d’une douzaine d’États ont ainsi eu accès à ce qui est désormais surnommé la « boîte noire » d’Oracle : une large présentation détaillant la manière dont Google collecte les données de ses utilisateurs. La société, dirigée par Larry Ellison, un proche de Donald Trump, a ainsi passé des années à batailler en coulisses contre Google et son monopole écrasant, et à convaincre les législateurs de surveiller de plus près les activités de la firme de Mountain View.

Si cette dernière a eu recours à des pratiques discutables, Oracle agit ici pour son propre intérêt et surtout pour se venger de Google. En 2010, l’entreprise a en effet copié le code de programmation Java appartenant à Oracle pour développer Android. Une longue bataille juridique s’en est suivie et ne devrait pas s’achever avant l’année prochaine.

Une manière de faire bien rodée pour garder sa compétitivité

Google n’est pas la seule entreprise à être visée par le lobbying d’Oracle, qui a grandement recours à ce comportement afin de rester dans la course face à des concurrents souvent plus performants, à l’image d’Amazon ou de Microsoft. Il y a plus de vingt ans, elle a d’ailleurs poussé les législateurs a entamé des poursuites antitrust à l’encontre de la firme de Redmond.

En plus d’organiser des événements de charité et politiques au Capitol afin de mener à bien son lobbying, Oracle possède des liens avec la Maison Blanche, notamment à travers Ken Glueck, qui était membre de l’équipe de transition de Donald Trump. Ces connexions ont sans aucun doute pesé dans la balance pour le rachat de l’application chinoise TikTok, qui devait initialement être réalisé par Microsoft.

Oracle a aussi œuvré en Europe et en Australie

Les États-Unis ne sont pas le seul terrain de jeu d’Oracle. En 2013, l’entreprise s’est adressée aux régulateurs européens par rapport au système d’exploitation Android, alors qu’ils enquêtaient sur des pratiques anticoncurrentielles de Google. Même son de cloche en Australie, où l’agence chargée de la compétitivité a inculpé la firme de Mountain View à deux reprises après avoir reçu un rapport incriminant de la part d’Oracle.

Outre-Atlantique, l’entreprise a bataillé pour l’instauration de nouvelles mesures contre le trafic sexuel dans le seul et unique but de blesser Google, qui a par la suite possédé moins de protection pour le contenu qu’elle héberge à ce sujet. Il n’est donc pas surprenant qu’Oracle se réjouisse de la bataille juridique qui attend le géant du Web. « Je ne pourrais pas être plus heureux. Pour autant que je sache, il y a plus d’États qui poursuivent Google que d’États », s’est ainsi enthousiasmé Ken Glueck.