Le 4 décembre 2020, une étude sur le e-commerce et l’emploi arrive à la conclusion qu’entre 2009 et 2018 les plateformes marchandes auraient détruit 82 000 emplois en France. Le commerce de détail non alimentaire a subi 114 000 suppressions nettes. Bien que 32 000 postes aient été créés dans le commerce de gros, le résultat est sans appel : le modèle Amazon détruit des emplois.

L’ancien secrétaire d’État Mounir Mahjoubi avait déjà réalisé une note d’analyse qui affirmait qu’un emploi créé par Amazon en détruisait jusqu’à 2,2. Un chiffre en deçà des conclusions de l’étude publiée aujourd’hui, et réalisée par deux économistes reconnus : Ano Kuhanathan, passé par le cabinet de consultants EY et Axa assurances, et Florence Mouradian, notamment passée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Si des études ont déjà été faites aux États-Unis ou en Italie, celle-ci incarne une première en France.

« Pour nous, là, c’est la dernière chance »

À l’origine de cette initiative se trouve Les Amis de la Terre, une organisation non gouvernementale (ONG) écologiste qui fait un travail de plaidoyer à l’échelle nationale contre le modèle proposé par Amazon. Puis, l’étude a été financée par Leïla Chaibi, une députée européenne de La France insoumise. Cette revendication est soutenue par des groupes locaux d’Alternatiba, un mouvement citoyen de mobilisation contre le dérèglement climatique, mais aussi des groupes de désobéissance civile, comme Action Non Violente (ANV) ou Extinction Rébellion (XR).

« Pour nous, là, c’est la dernière chance », déplore Adrien Montagut, un militant d’Alternatiba ANV Rhône, en faisant référence au faible aboutissement de la convention citoyenne pour le climat. À Lyon, Alternatiba et ANV ont fusionné en une association unique. À l’occasion du Black Friday, avec Youth for Climate Lyon, et Extinction Rébellion Lyon, les trois associations ont mené une action de désobéissance civile. L’accent est mis sur la surproduction, et non sur la surconsommation : « L’objectif est de ne pas culpabiliser le consommateur », explique Adrien Montagut.

Sur la photo une militante colle un stickers sur la plaque de permanence du député Thomas Rudigoz

Une militante colle un stickers sur la plaque de la permanence du député Thomas Rudigoz. Photographie : Julia Guinamard, Siècle Digital

Dans la nuit du 3 au 4 décembre et ce matin, les trois associations lyonnaises ont ciblé 6 permanences de députés de la majorité LREM. Pacifiste, l‘action a consisté à coller des affiches sur les murs de ces bâtiments, et à placer des cartons empilés pour interpeller les députés. « Amazon = moins d’emplois, plus de robots » ou « Acheter chez Amazon = détruire la vie locale », dénoncent les affiches. Clin d’œil à l’image de la marque, les militants ont pris le soin d’inverser sa flèche emblématique afin de laisser apparaître un visage triste. Des actions similaires ont eu lieu, aujourd’hui, dans différentes villes de France.

Des militants d'Alternatiba ANV Rhône, Extinction rebellion, et youth for climate collent des affiches sur la permanence du député Thomas Rudigoz

Les militants en plein collage sur la permanence du député Thomas Rudigoz à Lyon. Photographie : Julia Guinamard, Siècle Digital

À Lyon, les militants ont croisé le député Thomas Rudigoz avec qui ils ont pu échanger. Les activistes l’ont interpellé sur différents sujets, notamment La Poste qui s’inquiète de voir leur principal client, Amazon, se passer d’elle. Avec des projets tels que le nouvel entrepôt de Lyon, près de l’aéroport international de Saint Exupéry, ses services pourraient se voir remplacés par le fret aérien du géant. « Aujourd’hui c’est la disparition des commerces de proximité, demain ça sera La Poste », avertit Adrien Montagut. Le député revendique ne pas utiliser Amazon, et il certifie soutenir le commerce de proximité de sa circonscription. Sans répondre concrètement au plaidoyer des militants, le député conclut : « Au lieu de venir à ma porte faire ça, il faut prendre rendez-vous ».

Le député thomas rudigoz écoute les militants d'Alternatiba ANV

Député de la 1ère circonscription du Rhône, Thomas Rudigoz, issu de la République en Marche, écoute les militants. Photographie : Julia Guinamard, Siècle Digital

L’année dernière, le Black Friday avait aussi fait l’objet d’actions de désobéissance civile, ce qui inquiète l’entreprise de Jeff Bezos qui les surveille de près. En raison de la crise sanitaire, cette année, les groupes militants ont opté pour une approche respectant les gestes barrières. Il n’y a donc eu ni blocage ni chaîne humaine, mais cela n’est pas synonyme de moins d’impact.

« La Ville de Lyon a décidé de se joindre aux recours déposés par plusieurs associations contre l’installation d’un dépôt du géant du e-commerce à proximité de Lyon », a déclaré le 4 décembre 2020 le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet. Cette déclaration fait écho à la construction de l’entrepôt lyonnais, situé près de l’aéroport international de Saint Exupéry, qui est toujours en attente de permis de construire. Les associations Fracture et Acenas ont porté ce projet en justice, et la cour d’appel doit se prononcer dans les jours à venir. La mairie de Lyon se positionne du côté des associations : « Soutenir le commerce de proximité passe par le refus de l’installation d’entrepôts Amazon. J’ai décidé d’associer la ville de Lyon à ce combat, à ce combat courageux porté par des associations de défense de l’intérêt public durable », affirme le maire de la ville de Lyon, ville qui pourrait devenir un symbole de la lutte contre le modèle Amazon.