En 2019, d’après Nikkei Asia qui a travaillé sur les données de l’Union internationale des télécommunications et de l’américain TeleGeography, les flux de données transfrontalières chinois et hongkongais s’élevaient à 111 millions mbps. Les États-Unis, en deuxième position, atteignent 60 millions mbps, quant à la France, elle se hisse à la 10ème position avec 5,53 mbps. La Chine et Hong Kong ont émis 23% des flux de données transfrontalières, soit près de deux fois la part des États-Unis, qui s’élève à 12%. Le fait que la Chine soit classée devant les États-Unis ne constitue pas pour autant une nouveauté. En effet, elle les dépasse depuis 2014.

La majorité des flux de données transfrontaliers de Pékin ont été effectués en Asie, avec 17% pour le Vietnam, 16% pour le Japon, et 15% pour Singapour. 25% concerne les États-Unis, ce qui reste élevé, mais qui incarne une baisse : en 2001, les États-Unis représentaient 45% des flux chinois. Pour plus de détails sur les données, voir la version enrichie de l’article de Nikkei Asia.

Classement des pays échangeant le plus de données transfrontaliers en 2001 et en 2019. La Chine est passe de la 6ème place à la première place.

Classement des pays échangeant le plus de données transfrontaliers en 2001 et en 2019. Source Divided internet / Nikkei Asia.

Au regard des ces chiffres, la notion de ‘World Wide Web’ perd de son sens. La toile tend à devenir des toiles, avec plusieurs réseaux délimités par des frontières. Les anglophones ont nommé cette nouvelle cartographie du réseau le ‘splinternet’, soit, en français, ‘l’internet scindé’. Une de ses répercussions, est la réduction du partage de connaissance, comme le témoigne la création de Gitee, une plateforme collaborative pour les développeurs chinois, concurrente de celle de Microsoft, GitHub.

Évolution de la quantité de données échangées avec d’autres pays entre 2001 et 2019 pour la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Inde, Singapour, le Vietnam, le Japon.

Évolution de la quantité de données échangées avec d’autres pays entre 2001 et 2019. Source : Divided internet / Nikkei Asia.

Au-delà de laisser au placard l’idée d’un réseau qui relie des personnes aux quatre coins de la terre, un internet fracturé par les frontières impacte la recherche sur l’intelligence artificielle (IA). Cette technologie nécessite des données à traiter. En divisant internet, les sources de données le sont également. Ce qui signifie qu’un pays récoltant un plus grand nombre de données détient un avantage dans la course à l’IA. Les données étant majoritairement générées par les internautes, une population nombreuse et connectée constitue un atout pour la recherche.

Les résultats partagés par Nikkei Asia découlent de la politique des nouvelles routes de la soie. Des entreprises chinoises, comme Alibaba ou Tencent, se développent à l’étranger, ce qui profite au flux de données transfrontalier. À titre d’exemple, Alipay est utilisé par 1,3 milliard de personnes dans 55 pays. Cet avantage reste néanmoins limité. En effet, la qualité d’un traitement de données dépend des 3V : volume, variété et véracité. La Chine a démontré qu’elle possédait le volume, il reste encore deux conditions à prouver avant de revendiquer une domination dans le domaine.