À la suite du blocage de 43 applications chinoises par l’Inde, Pékin accuse New Delhi - comme elle l’a fait avec les États-Unis - de pratiques discriminatoires, et de violer les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). « Nous espérons que l’Inde fournira un environnement des affaires équitable, impartial et non discriminatoire pour tous les acteurs du marché, pour tous les pays, y compris la Chine, et qu’elle rectifiera les pratiques discriminatoires qui violent les règles de l'OMC », appelle le porte-parole de l'ambassade de Chine en Inde, Ji Rong, dans une déclaration publiée le 25 novembre 2020.

Le 24 novembre 2020, l’Inde lance une nouvelle vague de bannissement au motif d’une menace sur sa sécurité nationale : « Cette mesure a été prise sur la base des informations concernant ces applications à cause d’activités préjudiciables à la souveraineté et à l'intégrité de l'Inde, à la défense de l'Inde, à la sécurité de l'État et à l'ordre public », justifie le ministre indien des Technologies de l'Information. Cette défense fait sourciller la Chine : « Nous nous opposons fermement à l'utilisation répétée de la "sécurité nationale" par l'Inde comme excuse pour interdire certaines applications mobiles d'origine chinoise », avertit la déclaration de l'ambassade, qui souligne que « la Chine et l'Inde incarnent des opportunités de développement l'une pour l'autre, avant de représenter des menaces ».

Parmi les cibles de ce dernier bannissement indien figurent la plateforme de streaming Taobao Live d’AliExpress, la messagerie professionnelle DingTalk, et l’application concurrente de TikTok : Snack vidéo. Snack vidéo appartient à Kuaishou (financé par Tencent), et a profité du bannissement de TikTok en juillet 2020 pour gagner des utilisateurs en Inde. C’est ainsi que, ces derniers mois, l’application chinoise concurrente de ByteDance a dominé les téléchargements dans le pays. Toutefois, depuis le 24 novembre, l’heure de gloire est révolue pour cette deuxième entreprise chinoise, ce qui offre de nouvelles parts de marché à Instagram.

En juin, New Delhi a bloqué 59 applications mobiles chinoises, et en septembre, 118 autres les ont rejointes. Dans le lot figure le jeu mobile sud-coréen à succès : Playerunknown's Battlegrounds (PUBG). Rattaché à Tencent, PUBG est interdit en Inde, mais l’entreprise n’a pas dit son dernier mot, et compte revenir sur le territoire indien grâce à une rupture de ses liens avec le chinois. D'après TechCrunch, Krafton, la société mère de PUBG prévoit un investissement de 100 milliards de dollars en Inde. Un retour attendu par de nombreux de joueurs, dont certains ont fait preuve de fanatisme par le passé.

Fin juillet, l’Inde menaçait d’interdire 275 applications chinoises, et à ce jour, le gouvernement de Narendra Modi en a bloqué près de 220. Cette série d'interdictions intervient dans un contexte de dégradation des relations bilatérales entre l’Inde et la Chine. En juin, le conflit au Cachemire a été ravivé avec un affrontement dans les sommets himalayens qui a entraîné de pertes humaines au sein des deux armées. En outre, le 15 novembre 2020, la Chine a signé le Partenariat régional économique global (RCEP) avec quinze pays de la région Asie-Pacifique, dont est exclue l’Inde.